Ce soir, le soleil n’a pas pu plonger dans la mer, de lourds nuages bleu acier l’ont avalé avant qu’il n’atteigne l’horizon. Sur la plage, un vieil homme fixe sa lampe tempête au bout d’un bâton et attache le tout au fond de sa pirogue à balancier. Son matériel de pêche est simple: un fil avec un hameçon au bout. Taillé dans un tronc de manguier ou de jacquier, le galawa ne permet même pas au pêcheur de se glisser à l’intérieur. L’homme s’élance à l’eau et s’assoit genoux serrés sur une planchette de bois posé au travers de sa mince embarcation. Dans quelques instants ils ne seront plus qu’un point lumineux au fond, là-bas, que l’on confondra avec les étoiles les plus basses, celles qui de la voute céleste glissent doucement vers la mer invisible. S’il est chanceux, il reviendra avec un ou plusieurs beaux thons que les femmes lui achèteront à peine débarqué sur la plage.
Nadhia, elle, se fait tresser gratuitement par une jeune fille qu’elle a rencontrée il y a quelques minutes seulement. La prochaine fois, ce sera elle qui jouera la coiffeuse pour une autre personne qui le lui demandera. Ça se passe comme ça aux Comores. (Sauf que Nadhia ne sait pas tresser…) Je fais un foot sur la plage avec les gamins. Mais je ne dois plus avoir l’âge, je m’écrase lourdement sur les côtes. Fin du match pour moi.
Comme il se met à pleuvoir, ce soir nous dormirons dans un joli bungalow posé devant la petite crique de Sanbadjou. Les lézards viennent nous chiper quelques miettes jusque sur la table. Poisson au menu, comme tous les jours à Mohéli.
Le matin, la marée est basse et permet de marcher loin dans la mer avec de l’eau à peine jusqu’aux genoux. Deux jeunes hommes munis d’une baguette avancent en fouillant de leurs yeux experts les anfractuosités des roches et des coraux qui affleurent. Soudain, ils se mettent à courir en tentant de rabattre vers la grève l’objet de leur chasse : la proie affolée fuit devant eux à vive allure en zigzagant sous la surface. On dirait une petite torpille commandée à distance. Elle arrive à regagner le large. C’est un poulpe qui vient, pour cette fois, d’échapper à son sort.