Mon vélo a retrouvé ses sacoches, nous pédalons vers le sud de l’île dans des senteurs d’ylang-ylang. Embarquons ensuite avec les montures dans une barque de pêcheur. La petite Mohéli est déjà visible de Ngazidja -la Grande Comore-, en cette belle journée calme. 1h30 de traversée. A Fomboni, des petits camions chargés de sacs de girofle nous dépassent sous les immenses albizzias qui coiffent la rue centrale. Ils embaument l’air au passage. Nous grimpons sur le plateau du Djandro ; je me suis bien gardé jusque-là de dire à Nadhia que la petite route qui ceinture l’île tient de la montagne russe. Nous replongeons sur l’extrémité sud de Mohéli. Tout au bout du chemin se trouve le village d’Itsamia. Un sentier s’en échappe et s’enfile entre les baobabs. Il débouche tout au fond de la plage. Nous nous installons là pour quelques jours, au pied de la colline qui sépare ladite plage de celle où viennent pondre toute l’année les énormes tortues vertes marines. Bivouac et poissons grillés qu’on achète directement aux pêcheurs à leur retour de mer ; la pompe du village permet de s’approvisionner en eau et le puits de se débarbouiller.
La nuit venue, les géantes sortent de l’eau et remontent péniblement la plage jusqu’en bordure de végétation, laissant derrière elles une trace aussi large que celle d’une roue arrière du plus beau Massey Ferguson. La plage à cet endroit ressemble à un vrai champ de bataille. Dans un gros trou creusé pour l’occasion la tortue pond en soupirant quelque 150 œufs mous. Elle devra ensuite les recouvrir pour les protéger des mangoustes et autres chats sauvages qui attendent déjà, tapis dans la nuit.
Au petit matin, en entrant dans l’eau troublée par le ressac, je dérange 4 ou 5 jeunes requins pointe noire longs comme le bras. Dire qu’hier nous sommes allés avec masques et tubas faire le tour de l’îlot situé en face de la colline ! Nous y avons croisé quelques beaux perroquets turquoise et de grosses carangues bleues…