« J’irais bien à Mada en juillet », lançais-je un soir à notre comptoir de l’Itsandra plongée bar-resto.
« C’est le but de mon voyage. T’as un vélo, on y va ensemble », me répondit le bougre sans plaisanter.
Voilà, c’est à peu près comme ça que je me retrouve sur les routes de la « Grande île », au guidon d’un magnifique VTT made in China taillé sur démesure, dans la roue d’un globe cyclo trotteur de renommée internationale.
Et sans surprise, j’en chie ! D’abord à cause d’un vélo inadapté à ce genre de choses (à quoi peut-il d’ailleurs être adapté ce tank…?) mais aussi à cause du vent de face sur le long plateau, au départ de Mahajanga et jusqu’à Ambondromamy vers l’ouest, puis du vent de face, toujours, et des montagnes russes jusqu’à Ambanja plus au nord. Les jambes brûlent, les vertèbres sont martyrisées, les mains sont meurtries au point que deux doigts soient devenus insensibles, mais putain, que c’est bon ! D’abord d’accomplir un effort aussi sain que celui de pédaler au grand air et à l’eau claire toute la journée, et là, respect pour tous ceux qui pratiquent ce sport sans artifice, en espérant qu’il en reste parmi les champions, et puis aussi de sentir les vibrations de ce pays, de recevoir les sourires des personnes que nous croisons dans les villages et sur le bord des routes. Le voyage à vélo a cela de bon qu’il permet une plus grande proximité avec notre environnement immédiat, sans vitres et sans tôle qui nous enveloppent, les conversations s’engagent spontanément, les grands yeux des enfants et des parents s’écarquillent à notre passage chaque fois accompagné de salutations étonnées « Bonjour Vazaha, tu vas où ? ». Ce pays est prenant, mes sens sont constamment stimulés, mes yeux ne me suffisent plus pour capter cette palette de couleurs chatoyantes. De l’ocre et du rouge. Les paysages de savane arborée sont fascinants, la latérite affleure et vient trancher le bleu de l’azur. Du vert. Les forêts et les plantations sont exubérantes : baobabs, ylang ylang, cacaoyers, caféiers, eucalyptus, palmiers à raphia, palmiers royaux, arbres du voyageur, pachypodiums, que sais-je encore, des rizières à perte de vue, dans une infinité de nuances. Et aussi du noir et du marron, de l’ébène cristallin dans les yeux en amandes, comme ceux qui font peut être que nous sommes arrêtés depuis quelques jours à Nosy-Be et que nous ne réussissons pas à nous en arracher. Cette île possède beaucoup d’atouts pour elle qui font que le voyageur qui n’avait pas prévu de s’y arrêter se retrouve ancré sans pouvoir résister. Une semaine que nous lézardons. Nos deux-roues ont même été remplacés par des engins motorisés…
Du bonheur. Simple. Efficace.
Le retour au pédalier risque d’être brutal.
Arnaud

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