Pour une année supplémentaire de vie commune avec les Comores, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est que je vis quand même les pieds dans l’eau et qu’il me suffit de descendre quelques marches pour nager dans un aquarium tapissé de corail où s’épanouissent des myriades de poissons de toutes formes et couleurs. En faisant d’ailleurs une petite session de masque et tuba hier, j’ai même pu observer un groupe d’une dizaine de calamars en balade entre deux eaux. En descendant les mêmes marches et en traversant ensuite, pied nus, les claquettes à la main, la belle plage de sable beige qui me sert de décor quand je prends mon petit déjeuner le matin sur la terrasse, j’arrive au bar -de la plage donc-, que l’on pourrait bien qualifier de QG pour un petit groupe d’entre nous, dont mon pote Arnaud qui, lui, y arrive en descendant des marches de l’autre côté de la plage. Les heures et les jours s’y égrennent au fil des parties de billard ou de 421 avec tournées de rhum arrangé à la clé, Philou le gérant-barman-ami n’étant pas en reste pour se laisser battre et payer son coup.
« Dans son île on est fou quand on est musicien » nous chantait jadis un autre Philippe; eh bien ici on dirait bien que tout le monde sait jouer un peu de guitare ou de djembé ou encore connait quelques chansons populaires ou traditionnelles. Du coup, j’ai repris du service à la six cordes et nous avons joué quelques morceaux à la fête de la musique, toujours sur ladite plage, qui est aussi centre d’activités culturelles et sportives.
Pour ce qui est du sport d’ailleurs, je n’ai pas fini d’explorer l’île en vélo ou à pied, même si elle ne fait qu’une trentaine de km de large pour 80 de long. Je me suis lancé un petit défi : monter le Karthala toujours plus vite, ce qui n’était somme toute pas très difficile au début après l’avoir monté la première fois directement en sortant de discothèque. Depuis, j’ai mis 3h 30 à la montée au lieu d’un jour et demi, et 2 h pour la redescente en petites foulées. Je suis inscrit pour un raid multisports à Anjouan (une île de l’archipel) au mois de septembre avec des copains comoriens et je crois qu’il y a également un beau trail à Mayotte et d’autres courses à Madagascar. Et puis je continue aussi la plongée, parce que ce serait dommage de s’en priver, surtout avec une monitrice pareille…
Bon, et pour le pire? Et ben c’est toujours la même chose, régulièrement j’ai des crises de nomadite aigüe, il me tarde de ne plus appartenir nulle part mais partout à la fois, de me sentir vivre grâce au mouvement avec une intensité que je ne retrouve nulle part ailleurs. Parfois des images, des odeurs ou une simple association d’idée viennent en flashs assaillir mon esprit, et ce avec une telle force que j’en suis bouleversé pour plusieurs jours. Et je sais que pour m’en guérir il n’y aura qu’une solution : la route.
Alors voilà, je me suis promis de la reprendre dès que j’aurai remis suffisament d’argent de côté pour pouvoir assurer au mois un an de trajet à travers l’Asie du sud-est, l’Asie centrale, la Russie… et puis il me restera alors l’immense Brésil et son Amazonie, Cuba et les Caraïbes, Le Chili, la Patagonie, une vie!