Je vais bien partir à Madagascar. Juste après l’école, début juillet, et au moins pour 2 mois.
La vérité, c’est que je vais peut-être ensuite revenir aux Comores pour y passer une nouvelle année, en travaillant toujours comme prof.
Mais la vérité c’est aussi que je n’ai pas fini de voyager dans mon cœur, je ne suis pas prêt, et pour tout dire, j’ai comme l’impression que je ne le serai jamais. Condamné à errer, disais-je.
Et puis j’aimerais, après Mada, voguer vers l’île Maurice d’où partent, me dit-on, des bateaux pour l’Inde. J’arriverais dans le sud du géant asiatique, avec peut-être un saut au Sri-Lanka, puis je remonterais sa côte est vers le Bangladesh ou peut-être le Darjeeling, pour voir les contreforts de l’Himalaya couverts de plantations de thé. J’essaierais ensuite d’entrer en Birmanie, pour ses temples et sa forêt, puis traverserais une nouvelle fois la Thaïlande pour arriver au Cambodge que je ne connais pas. De là, je pourrais remonter tout le Vietnam dont je n’ai visité que le nord pour aller découvrir de la Chine la province du Yunnan hérissée de pains de sucre. Je poursuivrais ma route vers le nord et la région de Chengdou, d’où je pourrais cette fois entrer au Tibet sur ma fidèle monture. Ah, le toit du monde! Je me suis toujours promis d’y retourner à vélo. L’idée, ensuite, est de rentrer vers l’Europe (non, non, n’y croyez pas, ce ne sera pas pour y rester définitivement. En tout cas j’en doute) en traversant l’Asie centrale: les hauts plateaux du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan ou que sais-je encore qui se tend par là-bas, ah oui, sûrement l’énorme Kazakhstan, puis la Russie, enfin, jusqu’ici laissée de côté à cause de la rudesse de son climat. Mais je me sens prêt cette fois, j’ai roulé dans le froid en Afrique australe et si je me débrouille bien avec les saisons je pourrais pousser jusqu’à Moscou. Après, ben on est presque à la maison, un petit tour par la Pologne et au bercail.
Ca me prendra une année ou un peu plus, suivant que je démarre de Mada en septembre de cette année ou que j’attends juillet 2012. Je ne dois pas arriver au Tibet avant le mois de mars quoi qu’il en soit, question de températures encore une fois.
Voilà, mais une autre vérité est que je n’ai plus assez d’argent pour réaliser ce périple. Ca pourrait être une autre bonne raison de rester ici aux Comores une année supplémentaire. Pas que je puisse épargner des mille et des cent avec un contrat local à l‘école française, mais pour me donner le temps peut-être de trouver une autre source de financement, des sponsors par exemple. Si vous connaissez des mécènes potentiels, n’hésitez pas à leur parler du vagabond roulant; les gens ont besoin de rêver, je suis prêt à les aider !
Et puis la vérité encore c’est que… je suis pas mal ici. J’ai des fourmis dans les jambes, c’est clair, et parfois le besoin de bouger me brûle le ventre et me rend maussade, mais je suis bien entouré : j’ai des amis qui vivent sur la même plage que moi (façon de parler, encore que…), j’ai enfin apprivoisé le Karthala et ainsi trouvé où me réfugier et me dépayser quand je pète un boulon de ne sillonner que les mêmes routes ici- bas. Et puis je me suis mis à la plongée et, ma foi, je dois reconnaitre que la monitrice a su trouver les arguments pour me donner envie de rester…
Alors voilà où l’on en est.
Aujourd’hui, les Comoriens vont changer de président et ça va sûrement pas changer le monde. Alors moi, je vais une fois de plus slalomer entre les nids d’autruche, passer ensuite en levant haut les genoux les tas d’immondices qui jonchent les abords des villages accrochés aux flans du volcan Karthala, puis y grimperai une nouvelle fois, pour me perdre au dessus des nuages et me donner l’impression que je repars déjà à la conquête (amoureuse) du monde.