J’ai bien failli ne pas voir les dernières girafes de l’Afrique de l’Ouest. N’ayant pas pu me mettre d’accord avec les guides officiels sur un tarif convenable pour la visite, j’ai poursuivi ma route en regrettant déjà mon orgueil qui me pousse toujours à ne pas accepter d’être traité comme un simple touriste et surtout comme un Blanc friqué. Puis, par un heureux hasard (?) je rencontre Ibrahima aux abords du petit village suivant. Je lui parle des grands mammifères et il me dit qu’on peut tout à fait aller les voir d’ici à pied. Cette version plus authentique me plait immédiatement, même si je crains un peu – pour moi comme pour lui – de tomber sur les guides officiels. Nous partons sur le champs et mon type en claquettes armé d’un coupe-coupe adopte un rythme de marche que je n’ai encore jamais connu chez un autre Africain ! Je suis régulièrement obligé de me mettre au petit trot pour combler l’écart qui se forme entre nous. Après dix minutes, et ayant demandé en passant à quelques femmes et gamins s’ils avaient aperçu les bêtes dans le coin récemment, Ibrahima grimpe en deux temps trois mouvements à la cime d’un grand nim (arbre local) pour scruter l’horizon. Après quelques minutes, il me crie qu’il en voit une « plein est » et que « s’il y en a une, il y en a d’autres, car les girafes ne se promènent jamais seules ! »
Nous traversons, toujours au même rythme, les champs de mil et effectivement, quelques minutes plus tard, 7 belles bêtes sont là, à quelques dizaines de mètres de nous ! Peu farouches, ces girafes sont pratiquement devenues domestiques et n’hésitent pas à venir à proximité des villages pour y voler quelques « haricots » (fèves) dont elles raffolent ainsi que des melons sauvages qui poussent parmi les plants de mil.
Nous les suivons à quelques pas seulement et je les mitraillent.
Retour au village où j’avale avec plaisir une bouillie de mil sucrée, après avoir patiemment ôter les « cram-crams » ultra piquantes qui se sont accrochées à mes chaussettes et au tissu de mes chaussures mais dont je ne pouvais me défaire au fur et à mesure au risque de perdre mon guide improvisé.
Je lui donne la moitié du prix que j’avais réussi à négocier à quelques kilomètres de là. Ibrahima est ravi, moi aussi.

Monsieur Girafe (plus sombre que Madame)

Mmmmm !