D’abord il y a des arbres, de plus en plus, puis des oiseaux, enfin des oiseaux ! Et puis l’eau. Toute cette eau ! Pourquoi ici, si facilement, alors qu’elle est si peu ailleurs ? Je longe le fleuve Sénégal. Le monde minéral a brusquement cédé sa place à la nature vivante. Cultures, animaux, couleurs… les couleurs ! Je franchis le fleuve-frontière et c’est l’explosion à Saint-Louis : les fruits et les légumes, les boubous, les minibus barriolés, les pirogues des pêcheurs. Polychromes exhubérants, par palettes entières, par bouquets excessifs. Brusque retour au monde physique ; rude contraste auquel l’esprit réagit violemment. A l’émerveillement succède subitement une immense lassitude. Pesante. Poisseuse. Arrivée comme une déferlante, elle engloutit les énergies. Je ne sais plus pourquoi je suis ici. Décompression de l’esprit après une trop forte sollicitation dans le désert, où à lui seul il avait la charge de faire avancer l’équipage ? Ou réaction naturelle à ce foisonnement vertigineux où l’esprit se perd, se disperse et finit par se dissoudre ? Je cherche du vide pour retrouver quelque chose. Quelque chose à éprouver, quelque chose à partir duquel je pourrai rebondir. Je file, m’enfonce le soir venu dans la brousse. Calme et bivouac. Le temps de me régénérer un peu avant d’affronter le chaos de Dakar. Je ne sais plus si j’aime encore les capitales africaines.