Après une semaine chez les copains dans la capitale du Reblochon, rythmée par les applications de glace et de gel anti-inflammatoire sur mon tendon douloureux, j’ai repris dimanche la route, ou plutôt les sentiers, en randonnée à travers le superbe Massif des Bauges, pour arriver aujourd’hui à Chambery.
Extraits de journal:
Dimanche 20 juillet.
Que j’ai du mal à m’adapter au rythme du marcheur, moi qui avais l’habitude de dévorer les pays à raison d’un toutes les deux semaines en moyenne. J’ai l’impression de me trainer dans ce premier pays qui est le mien ! Je dois davantage m’efforcer – comme aujourd’hui – à profiter de ce que m’apporte chaque instant et à ne pas me projeter. Ah ! mais quand les paysages sont grandioses et que le soleil est au rendez-vous, c’est encore assez facile, mais lorsque tout se ternit dans la grisaille… Et je ne peux compter sur l’excitation intellectuelle que procure l’exercice d’une langue étrangère, sur les surprises qu’apportent des expériences culinaires nouvelles ou sur le dépaysement que l’on perçoit à travers des faciès étrangers ; point non plus sur la magie des rencontres : je ne suis pas un étranger ici, je ne surprends et n’interpelle personne à me promener ainsi dans les montagnes. Quand la journée a été maussade, il faut le soir un peu de réconfort : se préparer un thé, rouler une cigarette, écouter un peu de musique ou se plonger dans un bon livre. Par un malheureux concours de circonstances je n’ai absolument rien de tout cela ce soir encore. mais je saurai y remédier. Il ne me reste pour l’heure que ma plume et mon cahier, et le bonheur de savoir qu’en écrivant ces mots je les partage avec les miens.

Mardi 22 juillet.
Ca y est, je suis entré dans le voyage. Peut-être parce que j’approche d’un mois de route. C’est symbolique mais on se dit alors qu’il y a déjà derrière un morceau suffisamment important pour ne plus pouvoir (vouloir ?) faire demi-tour. Dorénavant quoi qu’il arrive, il va falloir trouver sur place – ou en soi – les moyens de continuer. Je ne peux donc plus être blessé par exemple. Le boudhisme dit d’ailleurs à ce sujet que l’être humain possède en lui toutes les ressources pour se guérir de quelque maladie. J’avais pressenti cette vérité avant de l’avoir lue, et je veux l’étendre à la blessure. Aussi, instinctivement peut-être, je me suis mis au diapason de ce que me dictait mon corps. Je m’octroie maintenant de vraies pauses. Associées à de rigoureuses séances d’étirements, elles sont réellement réparatrices. Je m’alimente et m’hydrate davantage aussi, quitte à porter plus sur le dos. Et puis j’ai même découvert et adopté pour les fortes descentes ce que j’appellerai « la position assise » : très en arrière sur les talons, les muscles et tendons qui entourent les chevilles sont nettement moins sollicités ; ce sont les cuisses qui prennent le gros de la charge. Et comme la spirale positive est enclenchée, j’ai trouvé ce matin dans un petit village des livres d’occasion. Je me suis procuré… « Les Fleurs du Mal » de Baudelaire. Après « Saison en Enfer » de Rimbaud, que j’ai pu lire pendant mon repos à Thônes, je fais dans les auteurs qui ont exploré les abîmes de l’âme. Mais Rimbaud, s’il a touché le fond à un moment donné, a su connaitre ensuite ses « Illuminations ». De la même manière, Baudelaire a voulu dans son recueil de poèmes « extraire la beauté du Mal ». Si j’ai connu une période de doutes, je retrouve à mon tour doucement le goût et la grandeur de la liberté et du voyage. (…)

PS: photos à viendre…