C’est dans les villages du sud du pays, ou nous avons grandi avec les soeurs, que l’on vient nous ramasser encore toutes jeunes. Oh, bien sur, nous rêvons toutes d’exotisme : le voyage en avion, les marchés d’Europe ; il parait même qu’il y a la-bas d’immenses supermarchés ou l’on peut tout trouver ! Mais nombreuses d’entre nous ne dépasseront pas la première ville du pays et se vendront à la clientèle locale.
Et si vous saviez comme on nous transporte : l’autre jour, une soeur est tombée du camion qui nous emmenait. Elle s’est faite écraser par le bus qui nous suivait de trop près et dont le chauffeur bavait d’envie en nous dévorant du regard ! Il faut voir aussi comme on nous traite. Nous devons toujours être parfaitement présentables pour la clientèle, et sommes tenues à un régime.
A l’heure ou je vous écris, un gringo à vélo viens de payer pour m’emporter. (J’ai encore de la chance, il n’est pas mal du tout celui la…) Je ne sais juste pas pourquoi il est si rouge. Serait-il gêné de m’acheter ? Quoi qu’il en soit, je ne donne pas cher de ma peau : tout ce qu’il souhaite c’est me croquer ! Ainsi en est-il du destin des bananes d’Equateur.

Extrait de « Banana Spleen », autobiographie d’une banane.

Les Soeurs Bananes. Peu importe la couleur de peau...