janvier 2016


Ouf, il était temps si, comme l’on dit, on a que jusqu’à fin janvier !
C’est que, en arrivant par la frontière nouvellement ouverte avec l’Inde dans le nord ouest du pays, on est un peu loin de tout pendant longtemps.
Petit résumé en images d’abord (car j’ai beaucoup parlé sur le post précédent, publié avec un mois de retard…), qui pourrait s’intituler « Bouddhisme en mode rural » ou quelque chose comme ça. Bref, après l’Inde, ça donne un grand coup de zen !

Preambule paysan avant bivouac dans le champs

Preambule paysan avant bivouac dans le champs

Arrêt "gavage" à la gargote. 1 euro 50...

Arrêt « gavage » à la gargote. 1 euro 50…

De qui se moque-t-on ?

De qui se moque-t-on ?

Bergère et son troupeau

Bergère et son troupeau

Bagan l'incroyable

Bagan l’incroyable

Au coucher du soleil...

Au coucher du soleil…

... ou au lever.

… ou au lever.

Ça inspire

Ça inspire

...

Vous n'en avez pas assez des pagodes? Allez, encore une.

Vous n’en avez pas assez des pagodes ? Allez, encore une.

Ah ben non, là aussi il y en a une ou deux en fond...

Ah ben non, là aussi il y en a une ou deux en fond…

Jeunes moines quêtant pitance

Jeunes moines quêtant pitance

Traversée du fleuve

Traversée du fleuve

Reflets

Reflets

Regard

Regard

Et re... coucher de soleil

Et re… coucher de soleil

Où: mini trek dans la Dzukou Valley

Samedi 26 décembre
Beaucoup nous ont recommandé la visite de cette haute vallée (2400m) aux collines verdoyantes. Mais les infos que nous avons pour y accéder sont vagues. Nous roulons jusqu’à Viswema d’où partirait le chemin le mieux marqué. Nous y trouvons en effet l’embranchement. Il y aurait 6 à 8 km de route forestière puis encore 2 heures à pied pour accéder à une sorte d’auberge à l’entrée de la vallée. Nous hésitons, cherchons une chambre à Viswema, n’en trouvons pas. Que faire? Parcourir à vélo la route carrossable ? Mais elle démarre par une montée sèche et caillouteuse, et continue sans doute à monter longtemps car nous ne sommes peut-être qu’à 1700m ici. Et si toutefois on arrive au bout, que fait-on des vélos ? Et la fameuse auberge, qu’en est-il ? Certains nous disent que l’hébergement y est possible, mais qu’il n’y a sans doute pas à manger. Mais peut-être que si. Et puis d’autres ne sont pas sûrs que le gérant soit présent, et l’endroit peut donc même être fermé.
Je passe par une épicerie acheter de l’eau et je prends aussi 1 kg de tomates, du jus de fruit et un stock de biscuits ; on ne sait jamais. J’ai dit à Nadhia d’attaquer la montée pendant ce temps. Chargé comme une mule je n’arrive même pas à pédaler dans la première côte, et ça ne s’améliore pas après. Heureusement Nadhia s’est vite rendu compte de la difficulté et s’est arrêtée un km plus loin avec un groupe de femmes qui sont allées chercher du bois en forêt et qui font une pause déjeuner avant de redescendre. Quand je la rejoins elle prend le thé et le gâteau avec ces dames dont une, plus jeune que les autres, parle plutôt bien anglais. Nous avisons. Pas moyen de continuer avec les vélos. Il y a juste là une cabane habitée par un homme, sa femme et leurs deux enfants. Nous décidons de leur laisser nos montures, ainsi que les bagages dont nous n’avons pas besoin. La jeune fille traduit pour nous. Ils acceptent rapidement et nous leur confions donc la garde de nos affaires, jusqu’à demain.
Je remplis le sac à dos acheté d’occasion à Kathmandu pour mon trek dans les Annapurnas de nos vêtements les plus chauds et hésite pour le couchage. Soit nous misons sur le fait qu’il y a bien une auberge, ouverte, et nous n’avons besoin de rien pour dormir, soit celle-ci est inexistante ou fermée, et avec les températures qu’il fait déjà ici la nuit, il nous faut absolument la tente, en plus des duvets et des matelas. Je suis pour l’option légère et optimiste évidemment. Je sais toutefois qu’il me faut quand même prendre le gros duvet pour Nadhia, car même dans une chambre avec des couvertures elle aura froid. Elle insiste pour que je prenne aussi les matelas. Une fille rencontrée hier à Kohima a parlé de sommiers, mais peut-être pas de matelas. Je râle mais m’exécute ! Ce que femme veut…
Il est 14h quand nous nous mettons en route. Les infos sur les distances et les durées sont variables pour arriver à l’entrée de la vallée mais vu son altitude, je suis quand même un peu inquiet. Il va falloir à mon avis presser le pas pour ne pas se faire coincer par la nuit. Nous avons la patate, nous parcourons en deux heures les 6 km environ de piste forestière qui monte finalement plutôt régulièrement, puis arrivons en effet au bout de ce chemin carrossable. Là, le sentier se transforme en un escalier de pierres qui grimpe directement dans le pentu. 30 minutes plus tard nous sommes à hauteur des collines environnantes et nous découvrons déjà ce que nous avons pu voir en photo de cet endroit magique : une succession de collines vertes hérissées ici et là d’arbres calcinés, sans doute suite à des feux de brousse. Le chemin suit à plat le flan de ces ondulations, tantôt côté renflement, tantôt s’enfonçant dans les plis. Et là, Nadhia m’éblouit : elle se met à trottiner, son petit sac sur le dos, en mode trail !
Nous apercevons, du coup, bientôt une construction au loin. Sans doute la fameuse auberge, ce qui nous stimule encore davantage et, une autre demie heure plus tard, à 17h et alors que la nuit tombe brusquement, nous découvrons en fait deux bâtisses, distantes d’une centaine de mètres l’une de l’autre. Les éclairages aperçus sur la fin s’avèrent être des lampes d’extérieur solaires et nous découvrons vite qu’il n’y a absolument personne d’autre que nous dans le coin, mais les différents bâtiments sont ouverts.
Dedans, et bien c’est rudimentaire mais c’est EXACTEMENT ce qu’il nous faut : quelques sommiers en bois dans des chambres plutôt bien cloisonnées et assez hermétique au froid extérieur, des toilettes, un petit balai en branches et un seau métallique percé pour y faire un feu.
Je n’ai pas pris de briquet ? Nadhia a emporté les allumettes de l’hôtel ce matin ! Nous trouvons aussi quelques bougies, parfaites pour économiser un peu notre frontale (et tellement mieux pour l’ambiance) et… un sac de sel et de poudre de piment pour agrémenter nos tomates, qui seront notre repas du soir avec quelque biscuits ! Frugal, mais bien content d’avoir ça quand même. Sans parler de nos matelas et duvets qui vont quand même sacrement bien aller sur les lits de bois. L’équipe de choc ! La complémentarité parfaite. Car qui eu dit qu’on aurait trouvé ici en Inde ce qui est en fait un parfait refuge de montagne, comme on peut en trouver dans les Alpes ou dans les Pyrénées, et même pas à ma connaissance dans les Himalayas.
Je vais chercher un peu de bois pendant que Nadhia fait un brin de ménage à l’intérieur (Ouah ! ça fait grave macho et ringard cette phrase hein ?). Bref, nous nous faisons un bon feu dans l’entrée alors qu’une lune toute ronde se lève à l’Est, par dessus la silhouette sombre des montagnes (et celle là alors !).
Heureux de notre chance habituelle, de tous ces concours de circonstance qui font que, même si j’étais un peu stressé ce matin parce qu’il nous manquait beaucoup de données pour mener à bien ce petit trek, je sais que nous sommes maintenant à nouveau exactement à notre place, en phase avec le monde, et avec nous mêmes surtout.
Nous nous glissons dans nos duvets après avoir colmaté le trou d’un carreau cassé avec des poignées de paille.

Dimanche 27 décembre
Réveil matinal. Normal puisque nous nous sommes couchés super tôt et que Nadhia ne rêve que d’un feu pour se réchauffer. Mais très vite le soleil sort de derrière les montagnes et inonde le refuge. Nous prenons le petit-déj (gâteaux et jus de mangue) à l’extérieur, contre le mur exposé aux rayons. À 8h nous partons vers le coeur de la vallée, que nous venons de découvrir avec plaisir à la lumière du jour. Splendide ! C’est une vaste cuvette aux contours très irréguliers mais bordée partout des mêmes collines douces, couvertes intégralement d’une sorte de petit bambous et parsemées de fleurs séchées blanches. Des forêts ou des squelettes d’arbres calcinés recouvrent les parties supérieures.
On pourrait se croire débarqués sur une planète fertile mais inhabitée. Les seuls signes de vie sont quelques piaillements d’oiseaux invisibles dans les herbes.
Erreur pourtant, et coïncidence. Nous n’étions pas complètement seuls dans ce bel espace naturel. Nous croisons les 4 jeunes hommes indiens avec qui nous avons partagé le repas du réveillon de Noël ! Ils devaient venir randonner le 25 à la journée, ont passé leur première nuit au refuge car le chemin jusque là leur avait déjà paru long, puis le lendemain, hier, ils sont descendus dans la vallée, avec l’idée d’en ressortir par un autre côté. Seulement ils se sont perdus et ont marché tout le jour, sans nourriture ou presque, et ont dormi dehors avec des températures sous zéro.
Nous ne faisons donc pas la même erreur et marchons quelques heures seulement au fond de la vallée, traversant des ruisseaux partiellement gelés. Puis nous ressortons vers 11h en repassant par le refuge. Nos 4 gaillards sont d’ailleurs encore là, en train de se faire cuire un sac de riz trouvé dans une partie du refuge.
Nous repartons mais nous n’avons plus les jambes d’hier, car voilà plus de 24 heures que nous n’avons pas fait de vrai repas non plus. A quelques kilomètres de nos vélos un 4×4 passant par la propose de nous descendre. Sympa. Et volontiers.
Nous retrouvons notre couple et ses deux enfants, toujours aussi souriants même si cette fois nous n’avons plus d’interprètes. Toutes nos affaires sont là évidemment, les sacs ayant été gardés à l’intérieur de la maison en bois. Dedans, sol en terre battue et, dans la pièce unique, deux lits et… un téléviseur en marche (comme hier). Sur le toit en tôle, une parabole Tata Sky.
La dame refuse les quelques roupies que nous lui proposons mais nous insistons.
Retour à l’entrée du village de Viswema. On nous a parlé hier d’une chambre disponible mais son proprio était introuvable. Cette fois nous avons plus de chance, même s’il a fallu que les amis du voisin le joignent par téléphone. Pour 200 roupies (3 euros) nous voici à peu près comme hier au refuge : un carré de béton et un sommier en bois sans literie. Nous ressortons nos matelas et sacs de couchage…
Reste à manger. L’épicerie d’en face ne propose que du tchai, le fameux thé au lait qu’on trouve partout en Inde. Une jeune fille entre alors pour acheter quelques bricoles. Elle parle un peu anglais nous dit-elle. Nadhia qui a les crocs y va sans détour : « Nous voulons manger, si quelqu’un dans le village pouvait nous préparer quelque chose, on serait super contents ! Nous payerons évidemment. » Une heure plus tard, la charmante jeune fille nous apporte un festin de riz, poulet et broccoli dans notre refuge, ou nous improvisons une nappe au sol avec des cartons trouvés dans la pièce d’à côté. Nous sommes aux anges. Encore de heureux hasards, encore des rencontres inattendues, encore des gens fabuleux.
La fille refuse qu’on lui paie quoi que ce soit. Quand elle vient plus tard récupérer son panier, nous y avons glissé un peu d’argent. Elle n’est pas en bas de l’escalier qu’on l’entend revenir. « Non non, je ne peux pas accepter. » Bon, inutile d’insister.
Plus tard elle repassera avec une thermos de thé, puis une fois encore avec deux couvertures !
Et nous devrions la revoir demain matin, puisqu’elle a encore insisté pour nous apporter le petit déjeuner !

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