Voici presque 4 ans que je suis posé aux Comores, c’est presque autant que le temps passé sur ma selle pour arriver jusqu’ici. Que s’est-il passé?
Dix fois, 20 fois je me suis mis à l’ordi pour essayer de faire quelque chose de mes 15 cahiers de notes prises au cours de mon itinéraire africain. Vingt fois j’ai abandonné, ne sachant par quel bout commencer, voulant faire différent du premier carnet de voyage mais ne sachant comment, démoralisé à l’idée du travail que représente la mise au propre de deux années et demie de pérégrinations, de sensations, d’émotions.
Maintes fois aussi je me suis dit que ce blog n’avait plus de raison d’être, qu’il était temps de le fermer, que mes posts n’ont plus rien dans le bide puisque mon quotidien a tant changé depuis le temps où je donnais des nouvelles de la route. Je n’écris d’ailleurs même plus pour moi. Le même nombre de fois, j’ai remis un article en me disant qu’il fallait tenir jusqu’au prochain départ.
Le prochain départ… Pour patienter, je suis parti à chaque vacances ou presque – et dieu sait si l’on en a quand on est prof-, une fois avec mon vélo et mon pote à Madagascar, les autres fois en essayant la voiture, les bus ou les ferrys pour rester un peu en mode baroude. Ces voyages avaient peu de sens, si ce n’est le bonheur de partager des moments nouveaux et différents avec ma chérie. La découverte d’un endroit où je débarque d’un moyen de transport motorisé, ou pire, d’un avion, me paraît fade, sans intérêt, presque usurpé. Pourtant, je retourne à Mada à la fin de la semaine pour une virée vers le sud ouest de la grande île. Je prends mes baskets cette fois, il faut que je bouffe des kilomètres pour avoir une chance d’être prêt pour le Mahoraid, 70 bornes en montagne à travers Mayotte en mai.
Le sport donc. Difficile aux Comores. Pas de routes carrossables pour le vélo, pas de chemin qui ne soit défoncé, encaillouté ou pentu comme un mur pour la course à pied. La mer, il faut qu’elle soit d’accord pour y nager. En ce moment c’est la saison du kashkasi: le vent la rend houleuse et grise. Fi des entraînements triathlon donc. De toute façon il n’y a aucune course dans la région. Dur de maintenir la forme comme ça, sans parler des conditions climatiques qui en font dépérir plus d’un : chaleur et humidité extrême, couplés à des épidémies régulières et bien souvent non-identifiées. On a recensé dernièrement une sorte de dengue qui a fait une hécatombe chez les blancs comme chez les locaux. J’en ai fait les frais et je me remets doucement, cinq semaines après en avoir passé une entière au lit, terrassé par la fièvre. Moins 5 kg au bout du compte. On s’use, donc.
Le bon côté, c’est qu’à être sédentaire et un peu plus casanier, je passe pas mal de temps sur ma guitare. J’ai entrepris une travail de fond sur les arpèges en triades mineures, majeures et autres accords mineurs septièmes avec quintes diminuées- Max et Raf me comprendront-, et ma foi mon jeu en profite, jusqu’à ma main droite et mes attaques de médiator. Pour la première fois depuis 15 ans peut-être j’ai l’impression de franchir un palier, de débloquer enfin une situation où je stagnais depuis trop longtemps. Yeah ! J’attends encore le moment où le recul et la qualité de mon jeu permettront enfin au musicien en moi de s’exprimer. Quand j’aurai cessé de m’écouter et qu’enfin je saurai donner. Mais c’est une autre histoire…
Pour l’instant je suis là, sur une magnifique terrasse donnant sur la mer qui malmène les rochers de basalte aux pieds des cocotiers, appréciant toutefois ces années de repos, de calme de l’âme, de bonheur amoureux, et je pense un peu tous les jours à mon nouveau départ, un jour, à deux, ou à trois.