septembre 2013


…de mer d’abord. Il est toujours devant chez nous, mais nous avons déménagé, ma belle et moi, quitté la petite pension d’Itsandra et sa terrasse surplombant la plage. Nous sommes allés un kilomètre plus au nord. Nous avons mis le temps, mais nous l’avons trouvée cette petite maison avec terrasse et vue sur l’horizon, loin des gens et, surtout, des mosquées tapageuses. Mais nous reviendrons sur ce dernier point, je veux parler du beau d’abord. Nous sommes entourés désormais de bananiers, manguiers, papayers, citronniers, corossoliers et même un carambolier. Je passe sur les ananas ou les cannes à sucre (parce que ça rime pas en –ier de toute façon), ou encore les herbes locales aux vertus multiples et variées, comme la citronnelle, et terminerai ma belle énumération par le roi des rois, ou plutôt la fleur des fleurs, puisqu’il s’agit de la signification de son nom si exotique : l’ylang-ylang. Bon, celui qui pousse chez nous est encore trop petit pour donner des fleurs parfumées, donc il sert à rien…
Le terrain s’étire, ainsi garni, jusqu’aux noirs rochers de basalte qui bordent la mer, et que surplombent trois beaux cocotiers pour parachever la carte postale. Je peux descendre en slip et Crocs piquer une tête dans l’eau claire, les masque et tuba sur le front et les palmes sous le bras comme un joli touriste. Il y a trois belles patates de corail au tombant juste en face, qui présentent d’ailleurs des cavités et anfractuosités idéales pour héberger des langoustes. Mon souffle est encore un peu court pour les explorer sereinement, mais je compte bien, avec un peu d’entrainement, me présenter un de ces quatre dimanches matins devant ma mie, le slip de bain encore dégoulinant et elle nue sous son tablier, avec deux de ces bébêtes au bout d’une pique.
Bon, ça s’est pas fait tout seul tout ça, hein. Quand nous avons repéré la maison avant les vacances d’été, nous en avions immédiatement perçu le potentiel mais elle était plutôt vétuste et les alentours en friche. Il a fallu demander au proprio de s’engager à refaire les peintures intérieures et extérieures ainsi que les plafonds, et ajouter gazinière et frigo ; faire venir encore à notre retour plombier, menuisier et autre électricien, nous écorcher les mains et les genoux à arracher les restes de carreaux de lino défoncés mais ma foi, la bicoque d’il y a deux mois et devenue habitable et même plutôt confortable. Bon, avec mes années de toile de tente et de taudis à 3 euros la nuit, j’ai des standards peu élevés, mais quand même. Le vieux voisin qui nous serre de gardien nous a aussi bien aidés à défricher les alentours et, puisque le dernier cadeau de notre directrice sortante fut de me mitonner pour la rentrée un emploi du temps de rêve (à moins que ce ne soit de branleur ? Non, de prof certifié tout simplement : 18 heures de cours regroupées sur 3 jours ça laisse… un weekend de 4 jours, eh oui !), eh bien j’ai de quoi m’occuper et faire mumuse dehors avec mon râteau et ma toute nouvelle machette. Mais promis, Mme Villedieu, je ne m’encrouterai pas ! Non, le choix du déménagement est dû au fait qu’il me reste deux ans à faire ici pour honorer mon contrat et avoir remis suffisamment d’argent de côté pour repartir à vélo et à deux, et que, pour cela, comme je l’ai mentionné plus haut, la proximité de la super mosquée d’Itsandra n’était plus possible pour notre équilibre nerveux et psychique. La surenchère du bruit pour affirmer sa religiosité étant devenue la règle par ici, c’est bien dommage.
Et ça, c’est l’autre front donc : celui des petits combats au quotidien ; combats intérieurs pour accepter que l’autre est chez lui, et qu’il a le droit, s’il lui plait, de se faire réveiller à 4 heures du mat par 30mn d’enregistrements incompréhensibles dans des haut-parleurs poussés à saturation.
Autre répit pour nous, celui des ordures au bord et dans la mer. Eloigné du village, notre petit havre nous parait bien propre, même si une couche à la dérive nous arrive encore de temps à autre. Fini en tout cas de s’ulcérer contre les mamas déversant devant chez elles et presque sur la tête de leurs pécheurs de maris des seaux d’ordures à longueur de journée, et ce malgré la volonté de certains jeunes du quartier de faire de la sensibilisation, de mettre des poubelles publiques dans les ruelles, de passer des heures à extirper des tonnes de déchets du sable ou de l’eau. Oui, l’homme a le droit de déambuler fièrement en habit traditionnel au milieu des détritus ; il a l’air heureux ainsi donc je l’accepte. Mais je m’éloigne un peu, voilà. Et en parlant d’éloignement, et c’est un combat qu’il m’est difficile d’éviter si je veux continuer à communiquer avec les miens et mes potes du bout du monde, la compagnie de téléphonie nationale a bloqué l’accès à Skype dans le pays… pour cause de manque à gagner. Pour se faire débloquer son compte ? Ça coûte 10 000. Heureusement, les moyens se mettent en place pour contourner le système et, d’ici quelques temps, tout devrait redevenir possible pour les communications avec l’extérieur !
Voilà pour les news, et pour revenir sur une touche plus gaie, la mer, comme pour récompenser nos efforts et approuver notre choix, nous a déjà gratifiés de plusieurs passages de baleines au large de notre terrasse. Maharaba menji mama bahari !!

et des nouvelles du front (de mer) tres bientot, promis!
(Petit rappel: passez en souris sur les photos pour les legendes et cliquez sur les photos pour les agrandir)