mai 2013


Je le connais, je l’ai encore au fond de moi. Il est quand le jour qui arrive m’est inconnu. C’est pourquoi où que je sois, pourvu que l’endroit me soit nouveau, il se ravive. Quand je ne sais pas où je vais je me sens vivre, chaque souffle, chaque seconde. Voilà ce qui me donne le sourire, ce qui me donne envie de chanter à tue-tête.
Ce long weekend m’a permis de le retrouver. Parce que même si je suis monté avec les copains au Karthala pour ce qui devait être la quatorzième fois, nous en avons fait une première : ascension classique depuis Moroni certes, mais nouvel endroit de bivouac côté sud d’abord. Puis randonnée exploratoire le lendemain, à la recherche de la soufrière que même les guides locaux peuvent avoir du mal à retrouver. Mais Cathy et son GPS sont infaillibles : après deux heures de descente le long d’une coulée de lave repérée sur la carte, nous avons su virer à travers le chaos de crevasses et de grattons pour découvrir la fameuse bouche à l’haleine puissante. Victoire !!! De retour au bord de l’immense caldeira, nous en avons bouclé le tour par le passage dit des «portes d’Itsandra » – immense coulée de lave qui se serait déversée sur la ville du même nom si elle ne s’était solidifiée en chemin-, dernière portion du périmètre qui m’était encore inconnue. Encore du nouveau donc. Et le troisième jour, grâce une fois de plus à Cathy qui avait enfin trouvé le départ du chemin quelques semaines auparavant, nous avons pu redescendre par le versant sud du massif, en une longue mais douce pente. Voilà, il ne m’en faut pas plus. Une nouvelle paire de baskets, un terrain de jeu suffisamment grand pour qu’à chaque sortie à pied ou à vélo j’ai l’impression de repartir à zéro, et je revis. Ouf ! Vous avez eu peur ? Moi aussi, mais pas pour de vrai. Parce que je sais où couve le feu, et qu’à l’instar du Karthala, même si on n’y trouve parfois plus que quelques fumerolles, ce qui se cache en dessous est tout simplement énorme.

Un jour pendant mon voyage je me suis dit, « Quand je suis sédentaire, je fais du sport pour survivre. Quand je suis sur la route, je vis ». Yasmina Khadra, lui, a écrit : « La musique est le véritable souffle de la vie. On mange pour ne pas mourir de faim. On chante pour s’entendre vivre » (dans Les hirondelles de Kaboul). L’aphorisme de l’écrivain corrobore ma réflexion, la preuve étant que quand je suis sur la route, à pied ou à vélo, je chante presque tout le temps, à tue-tête parfois même. Je suis allé randonner à la Réunion, 7 jours durant dans un décor naturel majestueux. J’ai traversé les cirques tourmentés, grimpé et redescendu des montagnes couvertes de végétation exubérante, j’ai traversé de belles forêts tropicales et bivouaqué au contraire sur un Piton des Neiges froidement sec et minéral. J’ai aimé ce contact avec la nature et le plein air. Et j’ai aimé l’effort, cette impression de me purger en m’époumonant et en transpirant comme une bête. J’ai même, en voyant quelques fous de la diagonale s’entraîner, retrouvé le goût autrefois si familier du sport extrême, et je me suis d’ailleurs laissé griser : je suis revenu avec une paire de trail runnings toute neuves que j’ai déjà bien étrennées. Mais voilà, je ne me souviens pas, pendant ces jours passés au royaume de la rando, avoir chanté. Les vacances ne remplaceront jamais le voyage. Et le sport pour le sport ne remplacera jamais la route. Que l’aventure me manque !