Piste en terre. Le coucou se pose sans difficultés toutefois sur la surface rugueuse, roule sur une centaine de mètres, vire à gauche et s’immobilise devant une construction de la taille d’une petite maison : bienvenus à l’aéroport de Mafia Island. On attrape nos sacs et ma guitare à l’arrière du zinc, esquive les deux ou trois rabatteurs à l’affût du touriste occasionnel, et on s’engage à l’aveuglette mais d’un pas assuré – ruse classique de baroudeur pour échapper aux taximen à 20 dollars la course- sur le chemin de sable qui s’éloigne du lieu d’atterrissage. Un virage plus loin nous débouchons au cœur du village de Kilindoni, « capitale » de cette île de 45000 habitants. Mafia est la principale île d’un archipel qui compte une dizaine d’autres îlots ou bancs de sable.
Réflexes de tourdumondiste à nouveau : dans la rue centrale, en terre elle aussi, on s’arrête à la première gargote, pour faire le point, autour d’un chai-chapati (crêpes indiennes et thé épicé, vous n’avez pas lu « Partir se retrouver » ou quoi ?), pour se faire plaisir ; l’objectif est de se rendre de l’autre côté de l’île pour aller plonger dans la Baie de Chole. Quelques mots de comoro-swahili-anglais avec la mama faiseuse de crêpes et un Masaï vendeur de bijoux et nous voilà embarqués dans le dala-dala pour Utende, 15km plus à l’est. 24 personnes à bord de la camionnette, normal, un taxi-brousse ne part pas tant qu’il n’est pas rempli, et jusqu’à 25, on est certes serrés mais on n’est pas encore empilés.
La piste empruntée est bordée d’anacardiers, de gros manguiers et de cases en terre aux toits de coco tressée. Quelques rizières par-là aussi et me revoilà plongé dans mes virés VTTiques en brousse guinéenne, il y a 10 ans de cela. J’adore. Mais merde, que le temps passe vite ! Bungalows sommaires camouflés dans une végétation sauvageonne, et belle balade sur la plage mangée par la mangrove pour se rendre au centre de plongée le plus proche. Embarquement sur boutre motorisé au petit matin: foire aux nudibranches colorés pour les amoureux du microcosme (dont certains sans aucun doute encore non répertoriés par notre désormais spécialiste ès limaces de mer, j’ai nommé: Arnudibranche), raies aigles et mérous géants pour les amateurs de plus gros gibier. Le tout au milieu de bancs fournis de vivaneaux et de nasons (pas les frères vosgiens collègues de la pédale, non) avec, en sus, une belle raie-guitare pour le gratouilleux que je suis.
J’emmène ensuite ma belle faire une balade à travers les petits villages de brousse. Images et atmosphère qui me paraissent bien familiers. Tout est facile, calme, le temps suspendu; comme un point d’orgue dans mes vagabondages existentiels.