…le royaume des sables est à lui.
Du sable, du sable, et de la roche. Des pierres, et encore du sable. 43 degrés à l’ombre. L’endroit peut paraitre inhospitalier. Il l’est, quand on y passe en voiture, enfermé pendant des heures dans la chaleur et la monotonie. Descendons un peu, allons marcher, nous enfoncer, nous perdre dans les montagnes rocheuses, tomber sur un camp de Bédouins, boire un thé, repartir. L’endroit est en fait incroyablement accueillant, confortable comme un salon, chaleureux comme une chambre à coucher. La pierre est plate, douce, propre. Rose ou ocre. Tout est immaculé. La sable est chaud, moelleux, parfait pour y dormir, n’importe où, vaste. L’embarras du choix. Pas de moustiques, pas de pluie, la température idéale pour dormir dehors tout nu, ou presque, au choix, sans un regard, sous les étoiles, sans un risque, sans un bruit. Le bivouac idéal, partout. J’aime ce désert.
Pas étonnant que cette région ait été féconde en révélations. Nous sommes dans le Sinaï, à quelques kilomètres, il y a Israël, de l’autre coté du Golfe d’Aqaba l’Arabie Saoudite, ou encore la Jordanie. La « terre sainte ». Comme s’il pouvait y avoir de la terre non-sainte. L’endroit est propice à l’élévation spirituelle, évidemment, par sa grandeur, son silence, sa beauté. Nous sommes au cœur de la terre, seuls avec elle, comme dans une matrice. La vie saute aux yeux, la place de chacun dans l’univers aussi. Dommage que certains aient un jour eu la présomption de penser qu’ils avaient été élus pour relayer ce sublime message, alors qu’ils auraient pu -comme d’autres, identiquement inspirés, l’ont fait plus à l’est- essayer d’amener leurs frères à réunir les conditions pour le percevoir à leur tour.
Bref, moi ce n’est pas une révélation que j’ai eue, plutôt une confirmation. Celle que l’aventure va continuer à deux. Car quand je suis avec ma chérie, elle est heureuse comme une sirène dans l’eau, et moi comme un renard dans le désert…