J’ai sans doute passé les heures les plus calmes de ma vie. Plus besoin de « faire la vie ». La contempler seulement et regarder les autres s’agiter.
Quand on est deux, la vie nous porte. Les événements qui la constituent arrivent quand ils doivent arriver. Et c’est bien. Seul, je n’arrive pas à me satisfaire de ça, j’ai besoin de projets fous qui lorsque le vide s’installe m’aident à garder la tête hors de l’eau, à me maintenir à la surface en visant loin devant. Mais projet = projection ; fini l’instant pur, pour lui-même. Il faut trouver l’équilibre qui à travers le rêve permet de continuer à profiter de l’instant.
Nadhia s’en va, elle a retrouvé du travail comme monitrice de plongée en Egypte. Moi, j’ai signé pour une nouvelle année aux Comores, avec cette fois un contrat qui me permettra financièrement de repartir sur les routes si le cœur m’en dit. Et aussi peut-être d’aller passer quelques vacances agréables au bord de la Mer Rouge. Quoiqu’il en soit j’ai l’impression de repartir au combat, d’avoir à affronter bientôt de nouveau la violence des émotions, que j’ai tellement recherchées et dont j’ai pourtant apprécié la trêve durant toute cette année.
Et puis, comment repartir ? Je ne sens plus le besoin impérieux de partir me retrouver, je crois savoir dorénavant qui je suis. Partir pour ne vivre que l’instant ? Ce me semble être la plus belle idée. Même si Sylvain Tesson m’a convaincu que l’érémitisme peut s’avérer un moyen redoutablement efficace pour ce faire. Oui mais Sylvain, combien de temps pourrons nous nous isoler encore ou foncer dans le vent pour jouir de chaque seconde ? Tu as raison : il faut « toujours osciller de l’une à l’autre extrémité du spectre des sensations. » Alors après le calme, je retourne dans la tempête de la vie. Le désert n’a pas eu ma peau, la forêt non plus, ce ne sont pas les distances et le temps qui vont y arriver.