Mais que fais-je donc de mes journées ? On m’a posé la question cet hiver à mon passage en France, quand j’ai dit que je travaillais 13h par semaine. Je n’ai pas vraiment su répondre. Je suis de nouveau aux Comores et je n’en sais pas beaucoup plus. Enfin je voudrais quand même essayer d’apporter une esquisse de réponse, parce que cela finit par m’intriguer moi-même, tous ces mois passés ici qui ne se matérialisent même pas par quelques pages d’écriture. La journée scolaire se termine certes à 12h45, il me faut une petite demi-heure pour faire quelques courses en chemin et rentrer chez moi sur ma fidèle bicyclette, manger, faire une petite sieste parce que passer sa matinée avec des gamins de primaire ça demande une réelle énergie (mes respects les plus sincères à tous les instits du monde !), et par conséquent, je ne suis réellement libre qu’à partir de 15h30 disons. Bon, ça c’est pour les lundis, mercredis et jeudis, le mardi is off et le vendredi se termine plus tôt, grande prière oblige. Ça laisse quand même pas mal d’heures devant soi, j’en conviens volontier. Je ne fais plus beaucoup de sport, un footing de temps à autre ou une traversée de l’aquarium de-ci de-là, et je néglige même mon blog. C’est peut-être qu’après ces années de course aux kilomètres à travers la planète, je me complais à rester immobile et à m’accorder un vrai repos –du corps et de l’âme- que je sentais nécessaire et que je continue à apprécier après une année de sédentarisation. Je ne sais pas où ça va me mener et cela ne me préoccupe pas. Pis, il me plaît de ne pas sentir le besoin de me poser la question. Je me nourris du présent. Je me délecte même à laisser s’égrener les heures, sans la moindre honte ni une once d’angoisse, à regarder les autres faire la vie, en se démenant avec un ballon sur la grande plage devant mon balcon par exemple. Et comme pour me conforter dans ma nouvelle position, Sylvain Tesson, qui vient de passer 6 mois dans une cabane en Sibérie, conclu après avoir admiré des heures durant les infimes changements de la montagne et du Baïkal que « La virginité du temps est un trésor » (Dans les forêts de Sibérie, éd. Gallimard). Je ne suis pas près de répondre convenablement à tous ceux qui se voudraient du « nouvel ordre mondial », celui prôné par Notre Nicolas National, avec sa course aux heures supplémentaires et à la compétitivité. Puisqu’il nous faut tous un jour mourir, moi je préfère en prendre le temps.