juillet 2011


« J’irais bien à Mada en juillet », lançais-je un soir à notre comptoir de l’Itsandra plongée bar-resto.
« C’est le but de mon voyage. T’as un vélo, on y va ensemble », me répondit le bougre sans plaisanter.
Voilà, c’est à peu près comme ça que je me retrouve sur les routes de la « Grande île », au guidon d’un magnifique VTT made in China taillé sur démesure, dans la roue d’un globe cyclo trotteur de renommée internationale.
Et sans surprise, j’en chie ! D’abord à cause d’un vélo inadapté à ce genre de choses (à quoi peut-il d’ailleurs être adapté ce tank…?) mais aussi à cause du vent de face sur le long plateau, au départ de Mahajanga et jusqu’à Ambondromamy vers l’ouest, puis du vent de face, toujours, et des montagnes russes jusqu’à Ambanja plus au nord. Les jambes brûlent, les vertèbres sont martyrisées, les mains sont meurtries au point que deux doigts soient devenus insensibles, mais putain, que c’est bon ! D’abord d’accomplir un effort aussi sain que celui de pédaler au grand air et à l’eau claire toute la journée, et là, respect pour tous ceux qui pratiquent ce sport sans artifice, en espérant qu’il en reste parmi les champions, et puis aussi de sentir les vibrations de ce pays, de recevoir les sourires des personnes que nous croisons dans les villages et sur le bord des routes. Le voyage à vélo a cela de bon qu’il permet une plus grande proximité avec notre environnement immédiat, sans vitres et sans tôle qui nous enveloppent, les conversations s’engagent spontanément, les grands yeux des enfants et des parents s’écarquillent à notre passage chaque fois accompagné de salutations étonnées « Bonjour Vazaha, tu vas où ? ». Ce pays est prenant, mes sens sont constamment stimulés, mes yeux ne me suffisent plus pour capter cette palette de couleurs chatoyantes. De l’ocre et du rouge. Les paysages de savane arborée sont fascinants, la latérite affleure et vient trancher le bleu de l’azur. Du vert. Les forêts et les plantations sont exubérantes : baobabs, ylang ylang, cacaoyers, caféiers, eucalyptus, palmiers à raphia, palmiers royaux, arbres du voyageur, pachypodiums, que sais-je encore, des rizières à perte de vue, dans une infinité de nuances. Et aussi du noir et du marron, de l’ébène cristallin dans les yeux en amandes, comme ceux qui font peut être que nous sommes arrêtés depuis quelques jours à Nosy-Be et que nous ne réussissons pas à nous en arracher. Cette île possède beaucoup d’atouts pour elle qui font que le voyageur qui n’avait pas prévu de s’y arrêter se retrouve ancré sans pouvoir résister. Une semaine que nous lézardons. Nos deux-roues ont même été remplacés par des engins motorisés…
Du bonheur. Simple. Efficace.
Le retour au pédalier risque d’être brutal.
Arnaud

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Eh oui, c’est moi qui dit ça ! Mais je suis bien depuis hier en « grandes vacances » jusqu’en septembre, et dans deux jours je file en bateau vers Mada pour deux mois via Anjouan avec le pote Arnaud et nos vélos. La grande île, enfin !!!
J’avais prévu pour vous allécher quelques photos sous-marines de notre dernière plongée où nous avons nagé avec les tortues et pu apercevoir deux majestueuses raies « aigle de mer » mais la connexion fait des siennes et je suis impatient de remettre toutes mes affaires dans mes sacoches et de les arrimer sur mon vélo, alors à très bientôt depuis Madagascar !

Pour une année supplémentaire de vie commune avec les Comores, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est que je vis quand même les pieds dans l’eau et qu’il me suffit de descendre quelques marches pour nager dans un aquarium tapissé de corail où s’épanouissent des myriades de poissons de toutes formes et couleurs. En faisant d’ailleurs une petite session de masque et tuba hier, j’ai même pu observer un groupe d’une dizaine de calamars en balade entre deux eaux. En descendant les mêmes marches et en traversant ensuite, pied nus, les claquettes à la main, la belle plage de sable beige qui me sert de décor quand je prends mon petit déjeuner le matin sur la terrasse, j’arrive au bar -de la plage donc-, que l’on pourrait bien qualifier de QG pour un petit groupe d’entre nous, dont mon pote Arnaud qui, lui, y arrive en descendant des marches de l’autre côté de la plage. Les heures et les jours s’y égrennent au fil des parties de billard ou de 421 avec tournées de rhum arrangé à la clé, Philou le gérant-barman-ami n’étant pas en reste pour se laisser battre et payer son coup.
« Dans son île on est fou quand on est musicien » nous chantait jadis un autre Philippe; eh bien ici on dirait bien que tout le monde sait jouer un peu de guitare ou de djembé ou encore connait quelques chansons populaires ou traditionnelles. Du coup, j’ai repris du service à la six cordes et nous avons joué quelques morceaux à la fête de la musique, toujours sur ladite plage, qui est aussi centre d’activités culturelles et sportives.
Pour ce qui est du sport d’ailleurs, je n’ai pas fini d’explorer l’île en vélo ou à pied, même si elle ne fait qu’une trentaine de km de large pour 80 de long. Je me suis lancé un petit défi : monter le Karthala toujours plus vite, ce qui n’était somme toute pas très difficile au début après l’avoir monté la première fois directement en sortant de discothèque. Depuis, j’ai mis 3h 30 à la montée au lieu d’un jour et demi, et 2 h pour la redescente en petites foulées. Je suis inscrit pour un raid multisports à Anjouan (une île de l’archipel) au mois de septembre avec des copains comoriens et je crois qu’il y a également un beau trail à Mayotte et d’autres courses à Madagascar. Et puis je continue aussi la plongée, parce que ce serait dommage de s’en priver, surtout avec une monitrice pareille…
Bon, et pour le pire? Et ben c’est toujours la même chose, régulièrement j’ai des crises de nomadite aigüe, il me tarde de ne plus appartenir nulle part mais partout à la fois, de me sentir vivre grâce au mouvement avec une intensité que je ne retrouve nulle part ailleurs. Parfois des images, des odeurs ou une simple association d’idée viennent en flashs assaillir mon esprit, et ce avec une telle force que j’en suis bouleversé pour plusieurs jours. Et je sais que pour m’en guérir il n’y aura qu’une solution : la route.
Alors voilà, je me suis promis de la reprendre dès que j’aurai remis suffisament d’argent de côté pour pouvoir assurer au mois un an de trajet à travers l’Asie du sud-est, l’Asie centrale, la Russie… et puis il me restera alors l’immense Brésil et son Amazonie, Cuba et les Caraïbes, Le Chili, la Patagonie, une vie!