Je sourirai

Je garderai le sourire, même quand je penserai à ce que l’homme a fait de la belle planète qui l’a accueilli, de sa nature qui l’a engendré.
Je garderai le sourire parce que, si la situation est irréversible, autant vivre nos dernières générations dans la joie. Et aussi parce que si je souris aux autres, ceux qui sont victimes de la mondialisation qu’ils ont créée ou ceux qui la subissent trouveront peut-être quelque apaisement.
Ceux qui souffrent de la mondialisation parce qu’elle les a rendus encore plus pauvres, ceux-là n’ont souvent pas besoin de réapprendre le sourire. A ceux-là je sourirai toutefois parce que nous nous rappelons que nous sommes frères, et que cela fait du bien de se savoir en famille.
Je sourirai parce qu’il n’y a que ça à faire.
Je sourirai parce que rien ne sert d’être sérieux.
Je sourirai parce qu’il y aura toujours d’autres filles.
Je sourirai parce que je crois bien que la bataille est perdue, et que quand il ne reste plus d’espoir il n’y a plus qu’à accepter et vivre pleinement ce qui peut encore l’être.
Je sourirai parce que la compassion est la seule arme qui peut encore faire entendre raison aux aliénés.
Je sourirai parce que le malade doit partir dans la paix.
Je sourirai parce que j’ai compris que l’homme est sa propre victime. D’un côté ceux qui souffrent de s’être laissés entrainer dans un monde déshumanisé, qui ne peuvent plus faire marche arrière de peur de se retrouver seuls et devoir admettre qu’ils ont toute leur vie poursuivi des chimères, et qui n’ont plus la force de repartir à zéro. De l’autre, ceux qui souffrent d’avoir été mis à l’écart de cette course folle – qu’ils ne savent pas futile – et qui n’ont parfois plus comme soulagement que de s’en remettre en prière à une entité hypothétique.
Je sourirai pour m’aider à me rappeler sans cesse que je suis libre ; même si libre veut dire seul, seul dans son unicité. Inexistant dans son individualisme.
Je sourirai en pensant que pour l’excellence il ne faut pas même imiter les meilleurs. Mais au contraire s’en détacher pour aller exprimer le plus justement possible son être propre.
Enfin je sourirai pour ne pas céder à la torpeur, je sourirai pour ne pas céder au désespoir. Etre est l’essentiel, la vie est un bonus.

Pourquoi je pleure la nuit et vis aux éclats le jour

Les inconscients et les lâches se tournent vers le ciel pour implorer un dieu, parce qu’ils le veulent insaisissable, afin de se soustraire à leurs responsabilités. Mais notre créateur est là, juste sous nos pieds. Notre matrice à tous, c’est la Terre. Et contrairement à l’image que l’on s’est faite de dieu, elle n’est pas toute-puissante, elle n’est pas éternelle. Tuons la Terre et nous tuerons l’homme, comme nous avons déjà tué nombre d’espèces vivantes. Enfin, non, heureusement, l’homme s’éteindra avant que la planète ne meurt – du moins je l’espère -, car elle est quand même bien plus résistante que nous : elle s’est constituée au cours de plusieurs milliards d’années, l’homme de quelques millions seulement. Aussi, les déséquilibres que nous lui infligeons seront fatals à bien des espèces vivantes y compris sans doute l’homme, donc. Mais dans quelque état que nous l’aurons laissée avant notre départ elle saura, au nom de l’équilibre éternel qui est l’essence même de la vie, se reconstituer pour être à nouveau belle et fertile. Et engendrer de nouvelles espèces qui, je le souhaite, sauront être un peu plus reconnaissantes envers leur Mère.
« Qui cueille une fleur dérange une étoile. » (Francis Thompson)

Facteur temps

Le temps glisse, comme une enveloppe dans une fente de boîte aux lettres. Je viens de poster un mois là, puis un autre ici. J’ai rempli le premier de chocolat, de mets et de vin, de frères et de parents, de bisous familiers et familiaux. Il était chaud et lourd. L’autre fut tout aussi intensif, mais il me reste plus vaporeux, moins dense, plus léger, plus creux peut-être. Ivresse, extases –éphémères-, travail, heureusement amitié et gamins. Il faut dire qu’il n’y a pas eu d’activité physique dans le second, car blessure. Enfin, plongée toutefois ! Belle et intense la dernière fois.
Vivre donc, bouffer toujours, de la vie, à quelque assaisonnement qu’elle soit. Sans se retourner. Ou plutôt sans y revenir, même si l’on souhaite jeter un œil par derrière de temps en temps.
Bouffer tout le crédit, sans retenue. Car pendant les retenues le temps coule toujours, et ce qui n’est pas vécu est perdu. Tais-toi et mange !