octobre 2010


Finalement bien arrivé aux Comores ; après trois jours et trois nuits en mer, moi qui suis malade en traversant le lac de Gérardmer en pédalo ! Enfin, je m’étais bien dopé aux cachetons contre le mal de mer justement. Épique traversée, petit cargo surchargé, clandos en prime squattant les meilleurs places, c’est à dire les matelas entassés sur les bancs du petit espace passagers. Trois jours sans pouvoir vraiment bouger ni se mettre assis correctement. Je savais bien que mon stage d’immobilisme niveau avancé à Dar avait une raison d’être… Et les bêtes, 40 beaux zébus au départ et une soixantaine de chèvres. Serrées debout sur le pont pendant trois jours sans bouffer ni boire. Nous avons fini par manger celles qui crevaient de soif et d’épuisement. Ca a agrémenté le riz sans sel qu’on nous apportait dans des grands seaux en plastique.
Puis vendredi matin vers 4h, alors que j’attendais dans mon sac de couchage trempé par la pluie que la nuit se termine, les lumières de Moroni sont apparues. Puis les flancs couverts de forêt tropicale du volcan Karthala. Une galère s’achevait, que je n’aurais troquée pour rien cependant. N’étais-je pas en train de vivre le point d’orgue de mon voyage ? Une traversée à l’arrache sur un cargo à destination d’îles inconnues (de moi au moins), dans l’Océan Indien.
Et la récompense ! Je n’ai pas tardé à remonter sur mon vélo (une fois passée l’impression de rebondir comme un patin sur la terre ferme… mer ingrate !) pour partir explorer la Grande Comore.
Délicieux tour de l’île ! Un parfum de girofle et d’ylang-ylang flotte dans l’air. En y regardant de plus près on découvre la vanille. Elle rampe et s’accroche partout. Les ananas se font une place avec les sagoutiers et les sisals sous les manguiers ou les jaquiers, parmi la canne à sucre ou le manioc. On ne prête même plus attention aux bananiers et aux cocotiers, mais il faut avoir l’oeil aguerri pour reconnaître l’avocatier, le cannelier ou le muscadier. Heureusement que j’avais fait, encore une fois, un petit stage à Zanzibar, l’île aux épices. Dont la Grande Comore n’a finalement pas grand chose à envier. Car elle a aussi, ici et là, le long de ses côtes noires de roche volcanique, quelques magnifiques plages de sable blanc qui rend l’eau turquoise. Et j’ai trouvé quoi en faire : je vais m’y rafraichir. C’était pas si compliqué…

Ce matin, pour la première fois dans cette chambre borgne, je suis réveillé et prêt à me lever avant l’aube. (Je ne pouvais pas le savoir depuis ma chambre mais je sentais qu’il était tot, ce qui a été confirmé par l’écran de mon appareil quand j’ai pris dans l’obscurité une photo de la porte de ma chambre. 5:30.) J’entendais même quelques oiseaux dehors, à ma grande surprise, moi qui me disais qu’il ne devait pas y en avoir dans cette ville polluée et sans arbres. Je suis donc sorti avant le grand tumulte du jour. J’ai entendu les quelques piaillements ; j’ai même remarqué qu’il y avait bien un arbre au fond à droite, dans le coin d’un immeuble ; j’ai pensé « Les pauvres, c’est bien maigre »; puis j’ai constaté avec une légère déception, et même un peu d’amertume, que malgré cette heure matinale je n’étais pas seul dehors – ca, je m’en doutais – mais que la pollution avait commencé : sonore d’abord, avec le gamin de la boutique coincée sur le bord du batiment qui avait sa radio allumée avec la musique beaucoup trop fort pour un usage strictement personnel ; et devant moi, dans la ruelle en terre, un homme brulait des ordures, là, sous mon nez, sous les fenêtres et devant les portes, avec toutes les fumées et les odeurs que cela signifie. Et lui restait le nez dessus, inconscient de cet état, comme l’autre était inconscient du bruit qu’il générait, sans doute effrayé par la pureté et le silence qui oblige l’homme à se confronter à son ame. Les oiseaux continuaient pourtant de pailler doucement. Bientot ils allaient s’éteindre, s’avouer battus par l’anti-nature de cette ville, se cacher et se taire pendant tout le remue-menage des hommes. Ou bien est-ce que l’esprit, obstrué par ces éléments pollueurs, ne percoit plus pendant le jour le chant de la nature pourtant toujours présent ?

Suite (sans fin…):
Là-bas, une femme balaie la rue, soulevant la poussière juste devant les barbecues et les plans de travail du petit resto ou je vais tout à l’heure aller prendre mon petit déjeuner. Ici, un homme sort de mon auberge et, premier geste de la journée, crache sur la dalle devant l’entrée.
Deux autres radios, une à ma droite, une à ma gauche, bien trop fort pour une seule utilisation privée, sont maintenant allumées. Un moteur aussi, celui d’un générateur, à moins que ce ne soit ceux des trois frigos disposés là, dans la rue, devant la mini boutique coincée contre le mur de l’auberge. Oui, les oiseaux continuent peut-être de chanter pendant la journée, mais il est temps pour moi de couper le récepteur de mes sens et de me plonger dans la torpeur citadine, la seule facon de rendre la ville tolérable.

Rebelote aujourd’hui,
je remets ça sur le tapis.
Je joue un peu avec les mots, je passe le temps,
comme on ferait avec des cartes par mauvais temps.
Pas que j’ai en tête de sujet majeur,
rien qui ne me tienne vraiment à coeur,
mais pour m’occuper dans ma chambre sans carreaux
je ne peux point compter sur autre chose que mon stylo.
Attention, je ne suis pas dedans tout le temps.
Le gardien à l’entrée peut en témoigner :
le chemin d’un petit resto chaque jour je prends
et retrouve là ma dame de coeur ; celle de Dar, j’entends.
Elle a bien des atouts mais je bougonne
car je ne suis en fait qu’une tierce personne :
elle a déjà dans sa vie un partenaire
et de la situation je ne suis donc pas maître.
Qui s’y frotte s’y pique, je le sais, à ce jeu là,
mais plus souvent qu’à mon tour déjà
dans ce registre j’ai donné, hélas !
et payé cher, parfois, pour une passe.
Cela peut même finir par une tête au carré
si on ne sait pas à temps rapidement tout couper.
Tant pis, le pli est pris !
Et si je ne parviens pas cette fois à mettre dans le mille
je me dirai encore « Ca valait bien la peine, tout ça pour une idylle ! »
Mais des cons je serais vraiment le roi
si avec une capote je ne sortais chaque fois.

PS: Que les non-amateurs de jeux de cartes me pardonnent, le texte sans sa dimension belotique (ou belotesque?) est plutot pauvre, je l’admets.