avril 2010


Trois erreurs en faisant le code personnel de ma carte bancaire et celle-ci est avalée par le distributeur. Même récupérée, est est désormais invalide. Il faut en commander une autre.
C’était autour du premier janvier, au Cameroun.
Premier essai: mon agence fait une erreur sur sa commande et reçoit (après une huitaine de jours, le délai nécessaire pour une CB) une carte caduque, car fonctionnant avec le même code – bloqué – que la précédente. Celle-ci aurait dû me parvenir à Libreville, Gabon.
Deuxième essai: la banque choisit d’envoyer la carte (la deuxième, et ceci après le même délai de commande évidemment) par la poste. Un mois plus tard, je l’attends toujours à Pointe-Noire (Congo). J’explique au banquier français que la poste ne fonctionne pas exactement de la même manière en Afrique qu’en Europe, et que malheureusement… il faudra recommencer l’opération.
Troisième essai: ma banque refuse l’envoi par DHL et envoie la 3ème carte par la poste chez mes parents qui se chargent de me la faire parvenir, toujours à Pointe-Noire, par le transporteur express. Celle-ci arrive deux jours plus tard et je file au distributeur pour un premier retrait.
Quelques jours plus tard, ayant compris que la demande de visa angolais n’aboutirait pas, je décide de reprendre la route, pardon, la piste pourrie, direction Brazzaville. J’ai dit au revoir – à grande peine – à tout le monde et je m’élance sur mon vélo chargé. Je dois repasser un petit coup par le distributeur pour m’assurer de ne pas tomber en rade d’argent au milieu de la forêt tropicale. Et là, le cauchemar se poursuit: l’écran affiche que l’opération est refusée par ma banque. Courses d’une banque à l’autre dans la ville, vérification des comptes, appel et mails à mon agence, rien à faire, l’écran annonce toujours le même message. « Monsieur, que peut-on faire? » je dis à mon banquier. « Nous sommes désolés, il doit s’agir d’un défaut de puce ou de bande magnétique, la seule solution… c’est de commander une nouvelle carte. »
Oui, je le reconnais, à ce moment là et pour la première fois depuis 2005, j’ai pensé tout arrêter et rentrer à la maison. Mais il y avait ce défi de la piste qui m’avait tant fait souffrir à l’aller et que je devais rebrousser. Je voulais exorciser les heures d’enfer que j’avais vécues dans la boue en allant sur Pointe-Noire. Alors j’y suis retourné. Et j’ai mis les pieds dedans, pendant des heures, pendant des jours et même une fois la nuit tombée. Les photos, vous les avez déjà vues.
Puis je suis enfin arrivé à Brazzaville. Ma quatrième carte bancaire était parvenue à l’agence qui refusait toujours de prendre en charge les frais d’un envoi sécurisé. Re-postage chez mes parents. C’était pendant le week-end de Pâques. Pendant ce temps, sur la formidable RN1 congolaise, le sable et la boue avaient fini de détruire la roue libre de mon vélo et celui-ci ne voulait plus faire un kilomètre de plus. La recherche d’une telle pièce s’avérait vaine dans la capitale congolaise quand, sans grand espoir, je me suis rendu avec l’ami Badé dans un magasin qui vendait de tout, du générateur à la voiture en passant par les climatiseurs, sauf des roues libres Shimano évidemment.
C’est à ce moment là que ma bonne étoile a dû me retrouver.
Badé me suggère d’interroger toutefois un des vendeurs qui se trouve par là. L’homme est français et, me confirmant que mes chances de trouver la pièce dans le pays sont tout à fait nulles, il me demande d’où je viens. « Quoi, t’es Vosgien? Tu te fous de moi, moi aussi! » Vincent est en effet de Senones, célèbre village situé à 20 km du mien. Et surtout: son épouse est rentrée momentanément au pays et revient… vendredi!!! Nous sommes mercredi… Si je fais vite, elle peut m’apporter la pièce. Et peut-être même plus!
Coup de fil express à Serge Mannheim, le papa de mon vélo, pour lui demander les références de la roue libre. Et là, j’ai la confirmation de mes retrouvailles avec madame Etoile: « Attends, j’ai des clients de Raon l’Etape dans mon magasin (autre ville située près de chez moi). S’ils rentrent chez eux ce soir, je leur file une pièce, ils la déposent chez tes parents. »
Le soir, mes parents ont la roue libre et la clé qu’il faut pour la démonter et la remonter. Le lendemain matin, jeudi, ils rencontrent Valérie, la femme de Vincent qui s’apprête à rentrer au Congo. Malheureusement, toujours pas de nouvelles de ma 4ème carte bancaire qui aurait dû être dans la boîte aux lettres depuis quelques jours. Quel dommage, on aurait pu avoir la totale, le jackpot, le coup de chance de chez coup de bol! Tant pis, on a déjà de quoi faire repartir le vélo, on verra pour l’argent ensuite avec DHL. Mes parents rentrent du RDV avec Valérie à midi et jettent un dernier coup d’œil dans la boîte aux lettres, des fois que. Et… ZE CARTE IS THERE !!!!!! L’incroyable, l’impossible, l’inespéré, le retour à la vie quoi ! Bref, j’exagère peut-être mais il me semble que ce sont trois mois de galère et un début d’ulcère qui prennent fin à ce moment là. Re-virée à Senones pour mes parents l’après-midi pour compléter le colis, et vendredi matin Valérie s’envole vers le Congo avec le précieux paquet.
Le samedi, je récupère le tout, et le dimanche, mon vélo est réparé, fort comme aux premiers jours et prêt à repartir pour 50 000 kilomètres au moins !
J’ai attendu mon arrivée à Kinshasa pour essayer ma 4ème carte bancaire et ce matin, j’ai eu confirmation qu’elle fonctionnait.
Je crois que cela valait bien que je passe l’après-midi dans ce fichu cyber café pour vous raconter tout ça. En tout cas, moi, j’avais besoin de le fixer par écrit pour pouvoir partir, soulagé et serein, vers cette immense traversée de la RDC qui m’attend.
Demain ou après, avant de m’élancer, j’irai retirer une dernière fois un peu d’argent. Mais je suis sûr que la roue s’est remise à tourner, et dans le bon sens désormais.

Puisque ni l’Angola ni la mer n’ont voulu de moi, j’ai dû faire marche arrière et me rendre à Brazzaville. D’ici, je traverserai l’immense RDC (ex Zaïre) pour rejoindre la Zambie et atteindre enfin la Namibie. Ça représente un crochet de 5000 km au lieu des 2000 prévus en passant par le pays lusophone. Mais c’est surtout… des centaines, et peut-être même des milliers, de kilomètres de piste au lieu du goudron. Au Congo Brazzaville, ce qu’on a osé baptiser la route nationale 1 est le plus gros bourbier – pour ne pas dire merdier – que j’ai jamais rencontré au cours de mes années de pérégrinations sur la terre. Une honte quand on connait les revenus du pays et son potentiel. Je suis fatigué ; voici les autres intitulés qui me sont venus à l’esprit pour décrire la semaine qu’il m’a fallu pour parcourir les 500 km qui séparent la deuxième ville du pays (et aussi sa capitale économique) où j’ai passé plus de deux mois, de la capitale administrative (la bonne blague!) :
– Je ne sais pas où est le paradis, mais l’enfer c’est ici.
– Plus dur que le désert de Gobi ou que 6000 km à travers le Cordillère des Andes : la RN1 au Congo.
Bref, je ne m’étendrai pas davantage sur le sujet car je n’en ai plus l’énergie, mais si vous voulez connaître la couleur de ma bile, procurez-vous le numéro d’avril de Causons-en.
Bises boueuses de Brazza.
La preuve en images :

Passez sur les images pour avoir la légende.