février 2010


Cinquième semaine à Pointe-Noire. Jamais je ne suis resté aussi longtemps sur place, le précédent record étant d’un mois à Trujillo (Pérou). Et ce, non pas à cause d’un visa qui ne vient pas – celui-là, j’y ai renoncé, tant le consulat en question est le parfait exemple d’une administration africaine (il faut que je vous fasse un dessin ?) ; j’ai par ailleurs un plan pour embarquer sur un cargo jusqu’en Namibie -. Non, cette fois il s’agit d’un courrier important sans lequel je ne peux continuer, et qui n’arrive pas car envoyé par la poste plutôt que par un transporteur express genre DHL ou la valise diplomatique. Je ne voudrais pas m’acharner sur le service public en Afrique donc je m’en tiendrai là.
Voilà en tout cas plus d’un mois que je poireaute, que je végète et, par conséquent, que je me sens comme un légume. A s’en taper la tête contre une planche de surf parfois…
Ceux qui m’ont lu savent que le mouvement permanent m’apaise. L’effort continu et les kilomètres qui défilent me plongent dans un état quasi-méditatif où j’arrête un temps d’interpréter la réalité, de juger le monde de manière subjective. (Ce qui, somme toute, est le propre de l’homme. D’où son état d’homme seulement d’ailleurs, mais ça, c’est plus complexe, on y reviendra si vous le souhaitez ah ah!) Gérer l’inconnu sur du long terme implique, de par l’absence de repères, de garder un esprit vierge, de remettre en quelque sorte les compteurs à zéro chaque matin pour avoir une chance de comprendre la journée à venir. A l’inverse donc, lorsque je suis arrêté, mon esprit ne cesse d’être assailli par des tonnes de pensées irrationnelles. Elles ne sont que le produit artificiel d’un cerveau qui (dys?)fonctionne sans répit et de manière totalement anarchique, la plupart du temps par association complètement aléatoire d’idées tout aussi farfelues, comme dans les rêves.
Et ce sont ces pensées sans fondement qui génèrent le doute, l’angoisse.
Pourquoi vous dis-je tout cela ? Parce que chaque fois que je me trouve dans cet état, l’assaut de ces pensées nuisibles est si virulent qu’il enveloppe mon esprit d’un épais brouillard, ce qui m’empêche d’avoir les idées claires au point de ne plus pouvoir m’exprimer, même oralement parfois. Alors, pour conjurer ce sort et maintenir la tête hors de l’eau, pour reprendre les rênes de ce fiacre fou qui fonce sans cocher sur les dangereux chemins du désespoir, je me force à écrire. La rigueur que requiert cet exercice m’aide à remettre un peu d’ordre dans ma tête, à y faire le ménage surtout, pour que du vide et de la pureté puisse renaître la lucidité, mère de beauté et de bien-être.
Ouf, ça va un peu mieux… merci de m’avoir suivi jusque là !

(Et merci aussi à tous ceux qui m’ont envoyé leurs encouragements dans cette dure épreuve qu’est la sédentarité !!!)

Ou : les dangers de l’immobilité

Heureusement qu’Hadouk Trio, en concert hier soir au Centre Culturel Français, ont remis un peu de calme dans les esprits…

Un consulat qui traine pour me délivrer son visa, la recherche d’un bateau pour arriver directement dans le nord de l’Angola et éviter ainsi l’enclave de Cabinda peu recommandable ces derniers temps, quelques diaporamas dans les écoles, la plage et le surf, enfin les tentatives de surf, et surtout des copains sympas qui ne me mettent pas dehors et qui sont en plus les seuls de la région à avoir une tireuse et de la bière pression à la maison ! Les Congolaises étant également loin d’être moches et peu farouches, tous les ingrédients sont réunis pour me faire rester ici un peu plus longtemps que prévu…

Passez sur les photos pour que s’affichent les légendes.
PS aux Vosges-pats’ : n’oubliez pas le « Causons-en » de février chez votre marchand de journaux !