mai 2009


Oui, j’ai vu les maisons en banco rouge de Ségou, les pirogues au confluent des fleuves Bani et Niger à Mopti, la mosquée en terre de Djenné et le sable qui envahit Tombouctou ; j’ai vu aussi les éleveurs peuls avec leurs chapeaux de cuir coniques rouges ou noirs, et leurs femmes avec le tour de la bouche tatoué comme les Simpson, les Touaregs inspirant crainte et respect, à moins que ce ne soient leurs chameaux, le sabre ou le poignard dans son fourreau de cuir, puis les chasseurs dogons avec leurs bonnets à trois pointes et les greniers à mil coiffés d’un toit de paille pointu. Car j’avais bien repris la route depuis mes vacances en Guinée. Evidemment. Que même je me suis dit à ce moment là que si je n’avais pas réussi à m’arrêter cette fois, je ne saurais sûrement jamais le faire… Et j’ai donc traversé tout le Mali depuis.
Pourtant, je me souviendrai surtout – et certainement longtemps – de la chape de plomb et du vent brûlant qui m’ont scotché des heures durant sur les pistes sablonneuses, l’esprit en proie au doute quant à l’existence d’un prochain puits ; des litres d’eau, jamais fraiche, avalés quand j’y arrivais enfin ; des scorpions, qui m’ont contraint à dormir dans ma tente, me privant ainsi des seules heures de relative fraicheur de la nuit. Mon corps s’est liquéfié, mon sang a bouilli, cafetière à la limite de l’explosion ; ma raison me fuyait parce qu’elle n’arrivait plus à gérer la situation.
Trop chaud.
Et je le dis sans honte : jamais, jamais je n’ai aspiré si fortement à la fraîcheur de mes sapins et de mes lacs vosgiens.

Puis je suis arrivé. Et bientôt j’y serai.

Mopti at twilight

Parce qu'en plus...

Oui c'est beau

mais le prix fut élevé.

Bon, vous avez tous acheté le livre ? Alors on peut passer à autre chose. Voici quelques extraits du prochain.
Mardi 5 mai 2009: quelque part en brousse, entre San et Djenné.
Ce soir, je me suis lavé accroupi sur la grosse racine du baobab au pied duquel j’ai installé mon matelas pour la nuit. Juste avant de me débarbouiller, dans la semi obscurité, j’ai été surpris par deux gamins qui passaient par là et qui rentraient certainement au village. Ils ne semblent pas m’avoir vu, ou en tout cas n’en ont rien laissé paraître. Pourtant, comment n’ont-ils pu me remarquer si proches, alors qu’en plus le vent soufflait dans leur direction. L’apparition les aura peut-être tellement surpris qu’il se peut bien qu’ils m’aient pris pour un djinn, un de ces esprits maléfiques de la forêt, et, qu’effrayés, ils aient pressé le pas sans se retourner. Plus étrange encore : les trois ou quatre chiens qui les accompagnaient n’ont pas moufté ! N’auraient-ils, eux non plus, rien senti ni entendu ? Les voies de l’Afrique sont décidément impénétrables…
J’ai demandé ensuite à mon grand frère le baobab de veiller sur mon sommeil. Des djembes résonnent au fond de la nuit. Quand je me réveille une première fois, bien plus tard, les tambours cognent toujours. La lune s’est avancé et s’est accrochée dans les branches du grand arbre. Et celui-ci prend très à coeur son rôle de protecteur : alors qu’au milieu de la nuit tout un troupeau de vaches a décidé de transhumer vers quelque meilleur pâturage, leur trajectoire les conduit droit sur mon couchage. Mais finalement, leurs sabots nonchalant dévient juste sous mon nez pour passer à droite et à gauche du géant de bois.