janvier 2009


La descente du Sahara occidental peut paraitre à priori un tantinet ennuyeuse, j’en conviens. Ce sont en effet plus de mille kilomètres de lignes pour ainsi dire droites, dans un décor sans grand relief.
Mais que dire de cette nuit dans les dunes au milieu des baraques de pêcheurs ? Le lendemain matin, après être venu frapper à ma tente à 6h, mon voisin Anouar me servait un thé dans sa cabane à la Robinson Crusoé, et réchauffait un pain rond qu’on allait agrémenter d’un filet d’huile d’olive. Le tout éclairé à la bougie, car il faisait encore fort nuit évidemment. Quelques minutes plus tard, nous roulions à vélo sur l’immense plage d’où la mer commençait à se retirer. A la lueur cette fois de la lune, et suivi par le chien fidèle de mon nouvel ami, nous allions relever ses filets. Ce jour là, je suis reparti avec une sole dans mes sacoches. On me l’a préparée le soir dans une gargote où je me suis arrêté.
Et ce soir la, justement, j’atteignais Tarfaya, ou encore Cap Juby : escale de l’Aéropostale sur la route vers Saint Louis du Sénégal, puis plus tard vers le continent sud-américain. Le village, qui a consacré un petit musée à ces aventuriers de l’extrême qu’étaient les Saint-Exupery, Mermoz et autre Guillaumet, a conservé au détour de ses ruelles de sable cette atmosphère un peu magique et reposante qui nous retient sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Pas étonnant que Saint-Ex y ait trouvé l’inspiration pour son Petit Prince.
Plus loin, et dans un autre registre, c’est un petit Porto qui m’a retenu sur les bords de ce désert. Et surtout ceux qui me l’ont servi. Parmi les très nombreux Plastic Bombers – pardon, Camping Cars – que l’on peut croise par là, pas surprenant que ce soient Jean Marie et Claudine, les seuls adeptes de ce mode de transport qui m’aient interpelé pour une bavette dans leur maison roulante. A 60 et 75 ans respectivement, ils n’ont cessé de barouder à travers le monde. Claudine se verrait même bien repartir pour un raid en Land Rover année 78, comme à l’époque où JM n’avait pas encore cédé au luxe de mettre un petit glaçon dans son pastis 😉
Toutefois, les multiples barrages militaires sont autant occasions de s’arrêter pour bavarder, dans cette partie du désert disputée entre les Sahariens, le Maroc et l’Algérie. Rares sont les fois où je suis reparti sans qu’on me demande s’il ne me fallait rien. Une fois même, l’agent en faction dans sa guérite d’à peine un mètre sur un a insisté pour que je finisse son assiette de frites. Sans parler des verres de thé…
Pour finir, il serait bien malhonnête de ne pas mentionner mon allié le vent. Incroyablement fort et qui, pour une fois, ne s’était pas trompé de sens ! Ainsi m’a-t-il poussé jusqu’à la frontière mauritanienne, franchie hier. Aujourd’hui je profite, à Nouâdhibou, du chaud soleil des tropiques – eh oui, déjà -, avant d’attraper le grand train qui part vers les mines de fer au milieu du désert.

Extrait de journal:
Mercredi 21 janvier. Quelque part entre Dakhla et Nouâdhibou.
Tout est blanc ce matin. Le sable fin, fin, fin est blanc comme de la farine. Ça n’arrange pas mon œil gauche qui pleure depuis hier d’une poussière tenace qui ne veut le quitter ; mais quelle bonheur pour la vue pourtant ! Le vent le soulève en un voile blanc qui traverse la route en ondulant. Par endroits, il forme des dunes harmonieusement zébrées, que les rayons du matin déclinent en une palette de teintes claires allant du blanc cassé à l’ocre léger. Toujours grâce aux rayons obliques, on se croirait parfois, en regardant du côté du soleil levant, au milieu d’un paysage de neige immaculée et fraiche. Seuls quelques buissons emmergent de cette couche uniforme et offrent aux grains de sable un fragile abri. Ceux-ci s’amoncèlent alors derrière eux en une petite dune qui va en s’effilochant, comme la queue d’une comète.
Plus tard, le vent forcit encore. Les grains viennent me piquer les jambes et les joues, et me fouetter même par bourrasque parfois. Alors l’horizon blanchit, puis, petit a petit, c’est tout le ciel qui prend la couleur de l’émail.

plus forts que le desert Les doigts du desert

Lever de lune ?

Sur la peninsule de Dakhla Et presqu'a la frontiere !

– En cette occasion, vous reprendrez bien un petit désert?
– Oh oui alors, ça fait longtemps que je n’ai pas passé la journée sur un tape-cul à 6 à l’heure ou passé mon temps à arracher mon biclou du sable mou qui semble vouloir l’engloutir!
Le 3 janvier à l’aube, j’ai donc quitté M’hamid et le bitume pour mordre la poussière. Gilles m’avait prévenu, j’ai passé les deux premières heures non pas à pédaler mais à piétiner dans la semoule: une demi douzaine de kilomètres de sable fin et de jolies dunes parsemées de bosquets. Plus loin, on m’a servi des plateaux entiers de caillasses. C’était pas toujours de la tarte, mais au moins cette fois je n’ai pas pris une pelle! Et j’en ai bouffé pendant trois jours pour rejoindre Foum Zguid. Mais quelle grandeur! Quel silence! Quelles lumières!
En conclusion, le Grand Sablé c’est pas toujours du gâteau, mais on en redemande!

Merci encore à Serge Mannheim pour sa bécane à toute épreuve, à Schwalbe pour leurs pneus incroyablement costauds, à la Maison du 21ème siècle pour son soutien et à Véro… entre autres pour ses photos visibles sur l’article précédent !

difficile exercice d'équilibre

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