octobre 2008


J’ai marché sur Malaga. C’est une ville de plus qui tombe dans mon escarcelle, une des toute dernières à ne pouvoir résister à ma percée à travers la péninsule ibérique. Car oui, si vous aviez lu mes mémoires (mais c’est pas vraiment votre faute…) relatées dans l’intemporel best-seller intitulé « Partir se retrouver », vous sauriez que je fus arabe dans une -et peut-être même plusieurs- vie antérieure, qu’on me craignait et respectait pour mon sens « aigu » des affaires et du commerce en tout genre, et qu’on redoutait tout autant mes manières quelque peu « tranchantes » dans le puissant port de Malacca (à l’autre bout du monde celui-ci, et à la croisée des civilisations ; prenez votre atlas si vous êtes perdus…). Malacca, alors capitale du royaume du même nom, et dont j’avais d’ailleurs personnellement participé a la conversion à la vraie Foi. C’était a la fin du 15ème siècle de cette ère d’infidèles, quand mes frères capitulaient donc sur cette terre méditerranéenne, cédant les clés de notre magnifique cité rouge de Grenade. Aujourd’hui, tout se recoupe et reprend sens. Allah akbar !

En attendant le mechouis...

Ablutions

Andalousie, tapie sous le soleil telle une hyène tachetée

Habitations troglodytes (normal si vous les voyez pas, elles sont cachées sous terre)

Al-Hambra : La Rouge. Enfin, presque.

Infidèle dans le quartier Albaicin

Quoi, marcher sur ce bitume et sous ce cagnard ? Sur ces lignes droites qui se perdent à l’horizon, au milieu de rien du tout en plus !? De la folie.
Alors, je cours.
Quand je cours, tout s’arrête. Mes pieds ne me font plus mal ; peut-être parce qu’a peine posés ils sont déjà de nouveau en l’air. Les bornes kilométriques défilent étonnamment vite, malgré mes pauvres 10km/h. Mais c’est le temps qui est suspendu. Car je n’y pense plus ; je suis bien, je flotte. Le soleil ne plombe plus car je glisse dans l’air. Même le bruit des camions qui passent me parvient de manière diffuse. Cela devient de plus en plus comme une seconde nature.

Et ce n’est pas un marathon qui va m’arrêter, fut-il disputé en montagne. Le jeudi, quand je découvre les affiches, les inscriptions sont clauses pour le samedi matin, évidemment. Mais les organisateurs sont sympas et arrangeants. Je dispose donc d’une journée pour récupérer de ma semaine. J’en profite d’ailleurs pour terminer le best-seller de Kerouac. La fête est grande, je vais faire une journée de 40 bornes, ce qui est devenu somme toute classique, mais sans sac sur le dos cette fois et, surtout, sans avoir avancé d’un centimètre le soir venu…
Le lendemain, délesté, je vole, m’éclate, et finis 7. Et comme dans l’équipe organisatrice (cf www.al-mudayna.com) on a autant le sens du sport que de la fête, on sait parfaitement mélanger le whisky et le coca. La fiesta se poursuit loin dans la nuit, jusqu’aux limites du corps cette fois. Dean Moriarty, je pense a toi…
Dimanche, je reprends la route, les muscles brulés autant par l’alcool que par l’effort. Pendant 3 jours je ne peux que marcher, sur le ruban d’asphalte se déroulant à l’infini. La mort je vous dis.

Back to the roots.

Toujours tout droit!

Arrivee marathon

¡Salud Pelota!

D'ici on se rend un peu mieux compte...

Oh le beau jaune!

Vous l’aurez deviné, j’ai parcouru la côte espagnole entre Barcelone et Valence, avec, d’un côté, une plage quasi ininterrompue et parfaitement ratissée chaque matin et bordée d’une promenade dallée ( ça finit par faire très mal aux pieds), et, de l’autre, des immeubles plus grands et plus moches les uns que les autres. Dans le peu d’espace restant, des grues parachèvent l’urbanisation à outrance et laissent présager un avenir super-béton. Pour le vagabond de mon espèce, il découle aussi de tout ceci un vrai casse tête quotidien pour espérer bivouaquer tranquillement le soir, les plages étant strictement interdites au squat nocturne. Mais ce n’est pas tout : je ne me suis jamais senti aussi seul dans mes voyages qu’au milieu de cette foule touristico-commercante, morose et vieillissante (les jeunes sont retournes au boulot…). Pas un regard donc, pas un bonjour ; j’étais trop différent, je faisais peur. Au point que j’en ai perdu pendant quelques temps la foi en mon voyage. Je ne savais plus ce que je faisais la, mon quotidien n’était plus qu’une épreuve physique sans la perspective d’une pause communicative régénératrice, et je n’avais donc plus rien à dire. (C’est sans doute ce qui était le moins évident à déchiffrer dans mon histoire sans paroles).
Mais ! car il y a un « mais » évidemment, sinon l’histoire s’arrêterait là. Mais, donc, est arrivée Valencia. Et la, je me suis posé dans une auberge de jeunesse (ou je fais désormais partie des plus vieux) et pendant une semaine je n’ai pas fait grand chose d’autre que bavarder avec ces jeunes gens sympathiques et enthousiastes de toutes les nationalités, du Japon jusqu’au Canada (et parfois même les deux 😉 Aïko). Le bonheur et le vrai repos, tant pour l’âme que pour le corps.
Bref, rechargé à bloc je viens d’avaler une semaine de 270 km pour me retrouver aujourd’hui pratiquement aux portes de l’Andalousie. ¡ole!