juillet 2008


Après une semaine chez les copains dans la capitale du Reblochon, rythmée par les applications de glace et de gel anti-inflammatoire sur mon tendon douloureux, j’ai repris dimanche la route, ou plutôt les sentiers, en randonnée à travers le superbe Massif des Bauges, pour arriver aujourd’hui à Chambery.
Extraits de journal:
Dimanche 20 juillet.
Que j’ai du mal à m’adapter au rythme du marcheur, moi qui avais l’habitude de dévorer les pays à raison d’un toutes les deux semaines en moyenne. J’ai l’impression de me trainer dans ce premier pays qui est le mien ! Je dois davantage m’efforcer – comme aujourd’hui – à profiter de ce que m’apporte chaque instant et à ne pas me projeter. Ah ! mais quand les paysages sont grandioses et que le soleil est au rendez-vous, c’est encore assez facile, mais lorsque tout se ternit dans la grisaille… Et je ne peux compter sur l’excitation intellectuelle que procure l’exercice d’une langue étrangère, sur les surprises qu’apportent des expériences culinaires nouvelles ou sur le dépaysement que l’on perçoit à travers des faciès étrangers ; point non plus sur la magie des rencontres : je ne suis pas un étranger ici, je ne surprends et n’interpelle personne à me promener ainsi dans les montagnes. Quand la journée a été maussade, il faut le soir un peu de réconfort : se préparer un thé, rouler une cigarette, écouter un peu de musique ou se plonger dans un bon livre. Par un malheureux concours de circonstances je n’ai absolument rien de tout cela ce soir encore. mais je saurai y remédier. Il ne me reste pour l’heure que ma plume et mon cahier, et le bonheur de savoir qu’en écrivant ces mots je les partage avec les miens.

Mardi 22 juillet.
Ca y est, je suis entré dans le voyage. Peut-être parce que j’approche d’un mois de route. C’est symbolique mais on se dit alors qu’il y a déjà derrière un morceau suffisamment important pour ne plus pouvoir (vouloir ?) faire demi-tour. Dorénavant quoi qu’il arrive, il va falloir trouver sur place – ou en soi – les moyens de continuer. Je ne peux donc plus être blessé par exemple. Le boudhisme dit d’ailleurs à ce sujet que l’être humain possède en lui toutes les ressources pour se guérir de quelque maladie. J’avais pressenti cette vérité avant de l’avoir lue, et je veux l’étendre à la blessure. Aussi, instinctivement peut-être, je me suis mis au diapason de ce que me dictait mon corps. Je m’octroie maintenant de vraies pauses. Associées à de rigoureuses séances d’étirements, elles sont réellement réparatrices. Je m’alimente et m’hydrate davantage aussi, quitte à porter plus sur le dos. Et puis j’ai même découvert et adopté pour les fortes descentes ce que j’appellerai « la position assise » : très en arrière sur les talons, les muscles et tendons qui entourent les chevilles sont nettement moins sollicités ; ce sont les cuisses qui prennent le gros de la charge. Et comme la spirale positive est enclenchée, j’ai trouvé ce matin dans un petit village des livres d’occasion. Je me suis procuré… « Les Fleurs du Mal » de Baudelaire. Après « Saison en Enfer » de Rimbaud, que j’ai pu lire pendant mon repos à Thônes, je fais dans les auteurs qui ont exploré les abîmes de l’âme. Mais Rimbaud, s’il a touché le fond à un moment donné, a su connaitre ensuite ses « Illuminations ». De la même manière, Baudelaire a voulu dans son recueil de poèmes « extraire la beauté du Mal ». Si j’ai connu une période de doutes, je retrouve à mon tour doucement le goût et la grandeur de la liberté et du voyage. (…)

PS: photos à viendre…

Après deux semaines à travers le massif vosgien, les gorges du Doubs, le Jura et la Haute-Savoie, me voilà arrivé chez les copains du coté d’Annecy. Un repos absolument nécessaire puisque, loin de m’être pour l’instant assagi, je n’ai pu m’empêcher de partir sur les chapeaux de roues. Résultat des courses: une vilaine tendinite contractée à quelques jours d’arriver dans les Alpes et sur laquelle j’ai forcé plusieurs jours durant. Aujourd’hui, je ne sais pas encore si je vais pouvoir repartir de sitôt où s’il me faudra quelques semaines de repos complet, une nouvelle paire de chaussures, et une tête qui soit davantage à l’écoute du reste du corps pour repartir. Quoiqu’il en soit le voyage se poursuivra quand la blessure sera soignée.
Quant aux premières impressions, sûr qu’il est moins dépaysant de traverser la France que de parcourir le monde, évidemment on ne croise pas des foules sur les GR ou sur le bord des routes, et pour ce qui est du climat de notre cher pays, même en été, je crois que ça se passe de commentaires… Mais on trouve toujours dans le vagabondage de quoi nourrir son besoin de sensations nouvelles et de surprises. Ainsi j’ai eu la chance de rencontrer Sylvain et de randonner avec lui quelques jours le long du Doubs. S’il avait dans son immense sac à dos de quoi tenir un siège effectivement 😉 Sylvain savait surtout prendre son temps et s’octroyer par exemple des pauses-café régénératrices très régulièrement. Sans lui me serais-je sans doute blessé bien plus tôt d’ailleurs. Et puis quel régal aussi qu’un petit déjeuner composé de quelques généreuses poignées de fraises des bois et d’un litre de lait frais offert souvent par la paysannerie locale.
Alors, même si en l’espace de deux semaines j’ai aussi perdu toute la musique enregistrée sur mon baladeur mp3, me suis déjà fait mordre par un chien, ai dû monter la tente en catastrophe au milieu de la nuit quand la pluie s’est mise à me tomber dessus, ai dû passer une autre nuit dans un abri-bus pour échapper à l’orage et à la grêle et surtout donc, me suis blessé, j’ai signé pour l’aventure en toute connaissance de causes. En me doutant notamment que la France serait le pays le plus difficile à traverser…

Flore des Hautes-Vosges

Un squat au sec

La bonne nouvelle jusqu\'au fond des abris bus! Brrr...

Dans les gorges du Doubs

Lac Léman et Mont Blanc!

Eh oui, c\'est encore le Will!