janvier 2007


Extrait de journal.
Lundi 21 janvier.
J’attaque le col a un bon rythme. Je ne suis qu’à 2000 m environ et donc la respiration va bien. Comme de plus j’ai passé la journée d’hier au delà de 4000m, je ne crains même pas l’arrivée à 3900. Je me sens fort, surmotivé à l’idée qu’il s’agit de l’ascension finale avant la grande descente sur Nasca et j’ai décidé d’en profiter pour me tirer dessus. J’ai fait appel aux forces du soleil et de la lune, et, sur conseil de mon (vieux) coach Nico, à tout l’esprit Inca. Je suis remonté. Au km 10 avant le sommet, j’allume. La pente s’accentue pourtant encore au km -7. Mon directeur sportif dans la voiture à mes côtés me renseigne : il y a un poursuivant à quelques centaines de mètres derrière moi. Je l’aperçois parfois dans les lacets en contre-bas. Mais son rythme n’est pas plus élevé que le mien ; si je tiens le tempo, c’est gagné. Je ne dois pas baisser d’un 10ème de km/h. Coup d’oeil sur le compteur régulièrement, ça tient. Au km -1, quelques supporters locaux ; j’en profite pour en remettre une couche, chaudière au taquet, mais les jambes tournent bien. C’est que j’ai encore une longue journée après cette étape moi !
J’ai tenu jusqu’au bout. C’est au moins ma deuxième victoire d’étape en montagne.

tour 2006. Photo d’archives.

ensuite il y a du sable

puis du sable

et encore du sable.

Il y a, pour se rendre au Machu Picchu, deux moyens « officiels » pour les gringos friqués que nous sommes : prendre le train, où même le dernier tronçon du Perurail coûte 35 $ l’aller, ou faire en trekking la piste des Incas (le fameux Inca Trail), ce qui revient, avec guide obligatoire, à 200 ou 300 $ la balade. Alors, j’ai inventé le Mika Rail : après avoir convaincu le policier contrôleur au départ de l’Inca trail qu’il s’agissait d’un record du monde « officiel » (c’est un mot qui passe toujours très bien avec ces gens là) reliant les plus beaux endroits du monde à vélo ou en course à pied, j’ai couru les 28 km de voie ferrée qui séparent le dernier village accessible à vélo et la fameuse cité oubliée. Bon, entraîné ou pas, 28 km de caillasses et de traverses en bois avec un sac sur le dos, ça finit par faire très mal partout ! C’est qu’arrivé sur les lieux, il faut encore gravir les mille et quelques marches en pierre pour jouir du spectacle. Ca a dû attendre le lendemain matin !
Mais la région regorge d’intérêts. Il y avait d’abord eu les îles flottantes (je sais, d’habitude c’est en dessert) Uros, construites à l’aide de couches superposées de roseaux qui abondent dans cette partie du lac Titicaca. On peut se demander combien de temps encore on pourra profiter de cette curiosité puisque la jeunesse a déserté les lieux pour les plaisirs de la vie moderne sur la terre ferme.
Puis est arrivée sur ma route Cusco, jadis capitale de l’empire Inca, avant qu’on y coupe quelques têtes, qu’on détruise les édifices et qu’on construise à la place, entre autres, les lieux de cultes catholiques. Je ne sais pas s’il y a lieu de s’apitoyer, l’histoire de l’homme est la même partout dans le monde, et les Incas ne sont pas en reste pour avoir envahi et dominé les autres peuples des Andes. Je constate juste que les grands cultes monothéistes actuels où l’on s’agenouille devant des statues recouvertes d’or et où l’on prêche le salut dans l’au-delà seulement, ont pris le dessus sur des traditions où l’on rendait grâce à la nature, au soleil, au puma ou aux montagnes, parce que les populations avaient senti le lien qui les unissaient tous. Des fois je me dis que certains auraient mieux fait de se taire plutôt qu’essayer d’enseigner à leurs frères moins inspirés ce qu’ils avaient compris.
Bref j’essaye maintenant de m’extirper des Andes en rejoignant la côte vers Nazca afin d’avancer un peu plus vite, mais la Cordillère fait l’accordéon quand on se déplace d’est en ouest. Je passe mes journées dans les cols : 50 km d’ascension, puis autant de descente ; et qu’est ce qu’on fait quand on arrive en bas ? On recommence !!!!

hameau de l’Altiplano

encore du vert... Cusco

... et toujours du vert!

"façon puzzle!" eucalyptus ambulant

Iles Uros: les résistantes.

Il est bien temps, pensez-vous ! C’est que mes sentiments sont partagés. 2007, l’année du retour parait-il. Le temps a repris une dimension que j’avais oubliée, le compte à rebours des mois restants a commencé et je pense souvent à « l’après tour » ; un nouveau départ dans la foulée, ou une année pour faire profiter les autres de toutes ces expériences, ces souvenirs et ces photos ?
Je refléchissais à une possible retraite d’une année dans un endroit paisible des Vosges ou j’aurais pu mettre en livre tout cela, quand m’est apparu à La Paz dans une charmante demeure à l’architecture coloniale l’endroit parfait pour laisser libre cours à mon inspiration. Je m’y suis posé avec délice et sur mon bureau en bois, tout près de mon petit balcon donnant sur une ruelle pavée tranquille, la plume allait toute seule.
Mais voilà, quand on est drogué à l’endorphine, la vie de sédentaire, ça va bien 2 minutes, ou 2 jours au plus. Au bout du 3ème, je remontais sur le vélo pour aller faire la route La Paz-Coroico, taillée directement dans la montagne parfois quasi-verticale, et connue comme étant « la plus dangereuse du monde ». Malheureusement, à cause du brouillard, j’ai du, à défaut de les voir, deviner souvent les précipices de plusieurs centaines de mètres à cote de mes roues.
Puis est arrivée Copacabana, sur le lac Titicaca, ou l’on vient de tout le pays et plus pour aduler dans la cathédrale une superbe statuette de la vierge. Enfin, c’est pas Tomb Raider non plus, même si ses robes, qu’on lui change à une certaine époque de l’année, feraient pâlir de jalousie la poupée Barbie…
La Isla del Sol, berceau de la civilisation Inca et lieu de création de la lune et du soleil, a été pour moi surtout l’occasion de mon premier footing à près de 4000m. Profane toujours. Mes poumons se demandent en tout cas encore bien ce qui leur est arrivé.
A présent je suis donc sur la partie péruvienne du plus haut lac du monde (3800m) et je vous souhaite, pour ceux qui n’auraient pas compris tant mon espagnol est sophistiqué, une très belle année 2007, avec le plaisir pour moi de vous retrouver !

Sur l’Ile du Soleil
y aurait-il des hobbits en Bolivie? mon copain berger
gare aux ecarts de conduite ! dans les rues de La Paz en attendant le bus