décembre 2006


Mercredi 27 dec. 2006.
Je me suis levé de bonne heure car je voulais attaquer le salar avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel, histoire de pouvoir m’orienter. Je fais les 22 km jusqu’à Cochani, l’entrée du salar, avec collants, polaire et gants. Il fait plutôt frais ce matin. Ca y est, j’y suis. Quelques pistes noircies par la gomme des 4X4 partent dans plusieurs directions, et un panneau en béton peint à la main est censé expliquer ou elles mènent. Je n’en vois aucune pour l’île de Pescador, qui doit se trouver à une centaine de km plein ouest. Je prends celle qui s’en approche le plus. (…)
Rapidement je me dis que je ne peux pas suivre éternellement une piste toute tracée dans cette immense aire de jeu toute plate et blanche comme neige. Je veux ressentir cet espace et toute la liberté qu’il offre ; je quitte la trace. Je navigue désormais grâce à mon ombre qui doit être quasiment dans l’axe de ma roue avant – ce matin au moins – et avec le majestueux volcan Tunupa (5432m) que je dois laisser légèrement sur ma droite. Toute la journée ou presque il sera là, devant moi, et j’aurai l’impression de ne jamais y arriver. Il faut dire que s’il paraissait à “portée de pédales? à 8h du matin, il était quand même encore au moins à 80 km de distance ! Effets d’optique des étendues planes.
Hors piste donc, je ne verrai âme qui vive jusqu’à 14h environ, quand, au loin, un point noir se déplace à vive allure, juste au dessus de l’horizon. Je le regarde traverser tout l’espace avant de disparaître à nouveau dans le mince miroir qui rejoint le ciel ; digne d’un film de fiction. Il y avait donc une piste par là-bas.
Puis, se sont enfin les îles qui apparaissent. Une fois encore, des vaisseaux de l’espace arrêtés là, flottants, à quelques mètres au dessus de la ligne d’horizon. Leurs formes ovoïdes sont symétriques par rapport à un axe parallèle à cet horizon. Au fur et à mesure que l’on s’en approche, il se posent doucement, et leurs parties inférieures se fondent doucement dans le sol. Le spectacle est complètement surréel.
La surface du salar n’est pas aussi uniforme qu’elle ne le parait. Parfois pratiquement lisse et permettant de rouler presque comme sur l’asphalte, les joints entre chacune de ses plaques de sel ne sont pas partout de la même qualité. Tantôt ils forment des bourrelets, tantôt ils sont en creux, rappelant trop bien à mon fessier les kilomètres de pistes des jours précédents…
Mais le sel n’est que la surface de cet immense lac. Et des trous de plus en plus fréquents dans la croûte, décrouvrant l’eau en dessous, viennent bientôt me le rappeler. Par endroit elle n’a qu’une dizaine de centimètres d’épaisseur. Je commence à me demander si je n’aurais pas du rester sur les pistes.
Enfin je suis au niveau du volcan, ce que je prenais pour la Isla de Pescador n’est qu’une péninsule qui se rattache doucement à la terre. Tant pis, je bifurque plein nord, vers le village de Tahua que je distingue maintenant au pied du Tunupa. En m’en approchant, le décor devient encore plus surnaturel : la croûte de sel s’est soulevée et a craqué partout, comme secouée par un séisme. Un superbe chaos d’ombres et de blanc éblouissant devant le vert de l’herbe rase et la palette d’oranges et ocres du placide volcan.
Je viens de faire 100 km en selle à travers le Salar de Uyuni. De quoi mettre du sel dans mon aventure, et surtout dans mes pâtes jusqu’à la fin du voyage !

Salar, ca alors!

"Devant" le Tunupa.

Minis et grand volcans.

Ile en vue!!

En tout cas pas pour arriver ici dans sa partie sud ! 3 jours de montagne entre 3500 et 4500 mètres, sur piste en terre puisque les routes goudronnées n’existent pas dans cette partie du pays. Le compteur a affiché jusqu’à 3,5 km/h, avec des moyennes journalières dépassant à peines les 10 ! Je suis toutefois arrivé ici à Uyuni, Bolivie, à 3600m, un peu fatigué mais à l’heure pour passer le réveillon de Noël avec Alan, Irlandais à moto rencontré quelques jours plus tôt à la frontière. Pizzas, puis quelques bières dans le pub-karaoke local ; insolite !
Mais la Bolivie est surtout un vrai régal pour les yeux, avec des paysages changeant sans cesse, de la montagne aride aux étendues de sables avec dunes. Puis il y a ces minuscules villages en briques de terre cuite au milieu de nulle part, et les femmes avec leurs tresses sous leurs chapeaux, leurs jupes que je me demande toujours ce qu’elles portent dessous pour que ça leur fasse un fessier d’une telle ampleur, et leurs chaussettes remontées bien comme il faut jusqu’aux genoux !
Bonheur retrouvé aussi avec de la tambouille locale à chaque coin de rue (encore faut-il qu’il y ait un village bien entendu), comme le tamal, délicieux mélange de maïs, de pruneaux peut-être et de viande, ou encore des jus de fruits frais, de quoi refaire le plein avant d’attaquer la centaine de km peut-être avant le prochain stand de ravito !

Altiplano sud

Sur le marche d’Uyuni. La piste dans le lit de la riviere.
Bergere nord-argentine

Arret mecanique pour Alan et bibi. Tranche de vie rurale.
La vendeuse de tamal et de fruits.

Fondues dans le paysage. Les amies.
Quand la nature se fait artiste.

ou : quand le joyeux clochard (re)devient loup.
Il y avait bien peu de gens au milieu de ces immenses étendues arides qui séparent Mendoza de Salta où je suis posé depuis hier pour un peu de récup. Alors on s’adapte : machine le jour, casquette vissée sur le crâne et nez dans le guidon pour tenter de déjouer un peu le terrible soleil et le vent infatigable. Il faut avancer, et pas trop penser. Jusqu’au prochain pueblo pour remplir les bidons et échanger quelques mots afin de ne pas perdre complètement l’usage de la parole. Et animal le soir, terré avec de jolies bébêtes entre les buissons épineux. La population rurale argentine ne manque pourtant pas de courtoisie et de gentillesse et salue toujours avec plaisir le gringo de passage, mais j’attends avec impatience le bel Altiplano ou l’on parle la langue des décathloniens de chez nous : le Quechua. Encore faudra-t-il d’abord gravir les quelque 3000 mètres de dénivelé qui m’en séparent.

Des cactus grands comme des arbres!

Une bonne raison de dormir tente fermee... Le vignoble de Cafayate.

Au "gres" de l’erosion.

Clocher a la creme; basilique de Salta. Bien loins de la ville...

Creche locale.

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