Amérique du Sud


Des policiers et militaires en armes ou des cyclistes équipés dernier cri, je ne sais pas qui sont les plus nombreux sur les routes du pays. Vous l’avez compris : je traverse la Colombie, pays du vélo et des guérilleros. Et s’il y a à Cali plus d’homicides en un week-end qu’en une année en Norvège (dixit mon guide), la population semble naturellement disposée à nous faire nous sentir à l’aise. Le café infuse et les invitations fusent, les cyclistes s’éclatent et m’accompagnent un bout en bavardant beaucoup. Si j’avais trouvé l’Equateur plutôt froid dans tous les sens du terme, à cause notamment de l’altitude et de la pluie incessante, mais sûrement aussi parce que mon visage fermé, fatigué par les cols à répétition et les intempéries, n’incitait pas vraiment au partage, c’est avec bonheur que je retrouve la moiteur de l’équateur, son soleil et ses fleurs, ses fruits délirants (guanabanas, maracuyas, lulas…), mais aussi la salsa et les cousins Africains.

les montagnes colombiennes ne me demandez pas leurs noms! pompons j’adore les bus! Cheveux d’ange. juste une colline qui me plaisait bien. Cafeyer Il y a un gros camion sur cette image...

C’est dans les villages du sud du pays, ou nous avons grandi avec les soeurs, que l’on vient nous ramasser encore toutes jeunes. Oh, bien sur, nous rêvons toutes d’exotisme : le voyage en avion, les marchés d’Europe ; il parait même qu’il y a la-bas d’immenses supermarchés ou l’on peut tout trouver ! Mais nombreuses d’entre nous ne dépasseront pas la première ville du pays et se vendront à la clientèle locale.
Et si vous saviez comme on nous transporte : l’autre jour, une soeur est tombée du camion qui nous emmenait. Elle s’est faite écraser par le bus qui nous suivait de trop près et dont le chauffeur bavait d’envie en nous dévorant du regard ! Il faut voir aussi comme on nous traite. Nous devons toujours être parfaitement présentables pour la clientèle, et sommes tenues à un régime.
A l’heure ou je vous écris, un gringo à vélo viens de payer pour m’emporter. (J’ai encore de la chance, il n’est pas mal du tout celui la…) Je ne sais juste pas pourquoi il est si rouge. Serait-il gêné de m’acheter ? Quoi qu’il en soit, je ne donne pas cher de ma peau : tout ce qu’il souhaite c’est me croquer ! Ainsi en est-il du destin des bananes d’Equateur.

Extrait de « Banana Spleen », autobiographie d’une banane.

Les Soeurs Bananes. Peu importe la couleur de peau...

Ce mois de sédentarisation à Trujillo a emporté bien loin ma spiritualité, stimulée essentiellement – et en contradiction parfaite, je sais, avec les grands principes zen – par le mouvement permanent et l’inconnu ! Par conséquent, en attendant de redécoller, je vais me contenter de vous rapporter quelques anecdotes dont cette introduction peut être considérée comme la première. Vous me suivez ? Bien.

– De nombreux cyclotouristes arborent un drapeau de leur pays sur leur monture, moi je n’en ai pas besoin : avec le soleil du Pérou je n’ai qu’à relever les manches de mon fidèle maillot pour qu’on lise les couleurs de mon pays. (Vous allez comprendre)

– Pour faire certaines sorties vélo dans les environs de Trujillo, Lucho n’hésite pas à glisser le pistolet dans la poche arrière du cyclo. Bienvenus au Far South West !

– J’ai dû venir jusqu’au Pérou pour abandonner ma première compétition, quand ma selle de VTT s’est dévissée dès le km2, pour finalement finir par terre au km20. J’ai préféré « assurer mes arrières » et arrêter là.

– Lors du départ des amis Tchèques prévu 24 h avant le mien, nous sortons devant la maison pour prendre une dernière photo : je recule un peu trop et me pète la gu…. (clin d’oeil à Liliced) du trottoir. Pied bien foulé et appareil photo cassé. Une semaine de plus à la casa de Lucho le temps de réparer le tout…

– Finalement, j’ai tellement traînassé à Trujillo qu’il m’a fallu faire plusieurs journées de 200 km et plus pour arriver aujourd’hui ici à la frontière équatorienne, que je passerai demain, ultime jour de validité de ma prolongation de permis de séjour au Pérou !!

– Bon, et si j’avais arrêté mon tour du monde à Trujillo, hein ? J’aurais pu le faire sans trop de problèmes de conscience, vu que c’est là-bas que j’ai passé le cap des 40 000 km, distance qui correspond aussi avec la circonférence de notre bonne vieille Terre ! Il y avait beaucoup de circonstances atténuantes, vous n’avez qu’à en parler avec le copain grec Alexis, arrêté ici il y a maintenant quelques années lors de son périple à vélo par une jolie « morena » qui ne l’a jamais laissé repartir…

Le coq gaulois! (avec protecteur indice 45, tout de même!)

Désert de ... (ca va me revenir). Nord Pérou

A peine 150 km plus loin!

Chasseurs de miettes.

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