La vie aux Comores (2010-2015)


En rangeant mes affaires avant de reprendre enfin la route, j’ai retrouvé ce texte écrit quelques temps après mon arrivée ici aux Comores:

Je voyage en superficie. Je file sur la surface de la planète et ne m’intéresse qu’à la beauté qui en émane, comme on se nourrirait de la crème sur le lait. Les questions d’ethnologie, de sociologie et de géopolitique, je les laisse à d’autres, qui savent de toute façon en parler mieux que moi. C’est du moins ce que j’ai fait jusqu’à maintenant car, je ne m’en suis jamais caché: je voyage d’abord pour ma pomme.
Je voyage aussi pour le mouvement. C’est en avançant toujours que, paradoxalement peut-être, j’arrive davantage à me concentrer sur l’instant, ici et maintenant. Les arrêts prolongés m’ont toujours fait gamberger.
Peut-on saisir l’essence de la vie en s’enfuyant toujours? Je crois que oui. Car le voyage est un peu comme l’écriture. On commence sans destination précise, et la pensée se déroule au fil des kilomètres et des mots. Elle se fait plus claire au fur et à mesure que l’on avance, et l’écriture -comme le voyage- nous oblige à l’ordonner, pour nous amener parfois à des conclusions qui nous surprennent nous-mêmes. Ainsi en va-t-il en tout cas du voyage « sans conditions ». En se laissant guider par les rencontres et les éléments, l’esprit -tel un compteur de vélo- remis à zéro chaque matin, on arrive peut-être à percevoir l’essence même de son être, à « se retrouver ». Dans le sens où l’on arrive à revenir à cette particule infime de soi, immuable, indestructible, et qui devient alors sa petite île merveilleuse et secrète, où l’on se sait à l’abri de tout naufrage.
Je suis arrivé aux Comores, qui pourraient bien être une allégorie de ce noyau de l’âme. Tout m’y est naturel et me parle, comme si j’y avais été fortement lié dans des vies anciennes. De la même manière, j’ai un jour, à Panama, couru instinctivement derrière un bateau parce que je sentais qu’il devait un jour m’emmener; je suis également resté ému aux larmes en Indonésie devant un cacaoyer et un giroflier qui me rappelaient à des émotions qui me paraissaient ancestrales (et qu’un jour d’ailleurs, gamin, j’avais déjà éprouvées en dessinant sur le mur de ma chambre un joli voilier amarré dans une crique, prêt en embarquer des sacs de thé, de cacao et de café.) « Tout a un sens ! » m’étais-je alors pensé en Asie. Et quand, au Costa Rica, j’ai entendu dans les arbres qui bordaient la route les aras macao (également dessinés dans ma chambre, d’ailleurs), j’ai su immédiatement et avant même de les voir que c’était eux. J’ai levé la tête et ils étaient là. Je les avais retrouvés.
Aujourd’hui, j’ai besoin d’une pause dans mon voyage, pour laisser grandir peut-être cette part de moi retrouvée. J’avais visé Madagascar pour ce faire, mais les Comores pourraient parfaitement s’y prêter aussi. Je vais y passer le temps de mon visa (45 jours) et je rentrerai ensuite en France pour y passer Noël en famille. Et pour savoir si mon âme voyageuse veut revenir se poser pour un temps sur cet archipel délicieusement épicé.

Voila, la page se tourne, j’avais plus besoin de cette pause que je ne l’avais imaginé, elle a duré presque 5 ans! C’est ce qu’il me fallait pour repartir vers autre chose. Et c’est aussi ici qu’il fallait que j’arrive pour trouver la femme qui va partager la suite de mes aventures, donc de ma vie. J’ai en effet demandé Nadhia en mariage ; cela s’est fait sur le pont du voilier de David, un copain skipper, le 1er janvier au matin, en face des iles Quirimbas au Mozambique, où nous étions arrivés après une traversée depuis les Comores. Nous voici donc fiancés, en attendant qu’une ambassade française sur notre route puisse nous marier, pour le meilleur, et ça, ça devrait arriver très vite, et pour le pire, à savoir quand je devrai la pousser dans les côtes, lestés de notre double charge de baroudeurs.
Nous allons partir pour un mois de rodage dans le sud de Madagascar la Magique, puis direction l’Asie pour un périple d’un an à travers l’Inde, la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge ou encore le Vietnam, puis les événements (heureux nous l’espérons) nous dicteront la suite, avec peut-être une autre école française à la clé pour poser nos sacs et reposer nos jambes dans ces contrées orientales.
Aujourd’hui, premier jour des vacances et donc de cette nouvelle année sabbatique, je suis reconnaissant envers Madame Villedieu, proviseure de l’école Henri Matisse de Moroni lorsque je suis passé par là, en octobre 2010. Elle m’a alors recruté avec toute la bienveillance et le tact nécessaires pour remettre dans le système -et accessoirement au travail- l’original que j’étais sans doute devenu. J’ai aussi une pensée toute particulière pour Hugo, partenaire des débuts, sans qui le grand saut dans l’inconnu n’aurait pas été aussi facile. Man, ça va faire 10 ans! Nous partions le 8 septembre 2005 de Fraize, puis de Colmar, la fleur au guidon, direction l’Europe de l’Est puis la Turquie. Aujourd’hui je pense aussi à la Syrie, que nous avons pourtant traversée en plein Ramadan, un peu anxieux au début, mais très vite rassurés par l’incroyable hospitalité de la population. Ah! les heures passées assis à se faire servir le thé comme des princes! Je ne peux pas croire que la générosité naturelle des Syriens et le bon sens ne triompheront de l’obscurantisme qui ravage la région.
Ma vieille monture, signée Serge Mannheim, a rejoint l’été dernier pour un ultime au-revoir les ateliers qui l’ont vu naitre. Après 80 à 100 000 km de bons et loyaux services, elle ne pouvait aller plus loin. Elle a été remplacée par un autre vélo Mannheim, que j’appelle « son petit frère », noir au lieu de vert cette fois. Nadhia s’est, quant à elle, procuré une super randonneuse de marque allemande lors de notre passage dans le bassin rhénan (voir l’article « Nadhia s’équipe et se rode » du 5 aout 2014). La fidèle tente Vaude Mark II, qui aura vu près de 70 pays, est remplacée par un modèle de chez Eureka, et les sacs de couchages sont prêts pour affronter l’hiver austral des hauts plateaux malgaches, direction la mythique allée des baobabs, un moment attendu depuis fort longtemps dans mon long pèlerinage vers l’unité retrouvée.
En route dans une vingtaine de jours!

Pares pour l'aventure ! (merci a Perrine et Ninon)

Les 10 ans du blog, ça valait bien ça, non? 😉
(Merci à Perrine et Ninon pour les affaires!)

doudou fiancailles

... comme une sirène dans l'eau !

… comme une sirène dans l’eau !

Le palmier sur clair de lune

Le palmier sur clair de lune

Le calme y est sur pierre de lune

Le calme y est sur pierre de lune

Pas de trucage ni mise en scene pour les besoins du jeu de mots, ces deux photos ont ete prises la semaine passee, respectivement depuis ma terrasse et au sommet du Karthala 😉

Page suivante »