Un mois déjà a passé. Et je commence à pouvoir à nouveau regarder un peu dans mon voyage. Il me le faudra de toute manière si je veux le présenter en livre ou en photos. Mais je ne vis pas dans le passé. Il n’y a de toute façon pas de retour à faire sur quelque chose que l’on a vécu à 100%, voire 200% : on ne peut en avoir ni regrets ni nostalgie ; une expérience comme celle-ci porte ses fruits au jour le jour et nous en ressortons plus riches, plus forts, plus confiants. Je l’ai déjà dit, cette aventure n’est pas un aboutissement en soi, pas une fin. Si j’ai du mal à revenir dessus, c’est qu’elle m’a ouvert des portes, et celles-ci m’appellent déjà de vive voix pour poursuivre sur cette route de l’aventure et de la paix intérieure. Ce sont des portes grand-ouvertes dorénavant sur ma voie.
Là-dessus se greffent aussi, on ne peut le nier, le choc du retour. L’arrêt brutal de la découverte de l’inconnu, de l’effort physique prolongé et de ses doses d’endorphine. J’avais pour habitude de dire que le plus dur dans le voyage est de se lancer, de faire le grand saut en quelque sorte. Une fois sur la route, tout s’enchaine et ce n’est plus que bonheur. Le retour est d’une tout autre difficulté : c’est aussi et surtout, dans le cas du cyclovoyage, la confrontation du matériel contre le spirituel. J’avais connu le bonheur et la sérénité avec très peu de choses : un vélo, une tente, un lecteur MP3 qui s’est transformé en un CD que j’écoutais en boucle avec le même plaisir renouvelé… je me rejouissais pourtant parfois de retrouver par exemple mon vélo-fusée (9 kg contre 40) ou encore mes piles de CDs. Pendant plusieurs semaines je n’ai fait que les regarder sans pouvoir les toucher, je sentais que mon bonheur n’était pas là. La multitude d’objets du quotidien me bloquait, me donnait presque envie de vomir : j’avais envie de vide, je veux dire d’espace, d’air. En gros : de « rien » pour retrouver « le tout ».
Aujourd’hui seulement je retrouve un peu de constance. J’écoute, non plus un, mais 2 ou 3 albums de manière répétitive, j’ai retrouvé le goût de l’effort physique après un vide nerveux déroutant et je collecte les idées sans me précipiter pour la prochaine aventure. Mais mon objectif majeur dans un premier temps est de garder l’esprit ouvert et de conserver l’inspiration que m’a procurée ce grand moment de liberté absolue.

Un oubli enfin réparé : mister Kilimanjaro.

ses petites soeurs françaises.