Quel malheur que les religions, celles qui ont mis l’homme au centre du monde, avec la terre qui tourne autour de son nombril !
Quel malheur que les religions qui ont dissocié l’homme de son créateur, le portant à croire que peu importe ses conneries, dieu bienveillant le tirera toujours d’affaire.
Quel malheur surtout que ces systèmes économiques capitalo-bourgeois, qui font s’acoquiner les politiques et les industriels au détriment des idées sages et saines pour les lendemains. Car chez ces gens-là, monsieur, on a l’esprit tellement saucissonné qu’on n’en oublie l’avenir de ses propres enfants.
Quel malheur que ces partis classiques de droite et de gauche, qui n’ont en bouche que la relance de l’économie et la croissance pour sauver quelques emplois, quand la réelle crise qui nous attend, écologique, menace l’espèce humaine toute entière.

N’est-ce pas une évidence ou suis-je devenu complètement parano ?

Les équilibres naturels bouleversés au cours des dernières décennies sont tels qu’ils ne permettront pas aux espèces de s’adapter. A cette vitesse nous sommes tous morts dans 50 ans. Ça s’appelle un pic d’extinction massive parait-il, c’est déjà arrivé plusieurs fois au cours de l’existence de notre chère planète, et même les dinosaures n’y survivent pas, quand bien même ils sont des bêtes de la politique.
Alors arrêtons de vouloir toujours plus de croissance, c’est exactement le contraire qu’il nous faut, arrêtons de consommer comme des débiles et de produire dans le seul but de générer de l’emploi et du fric.
Arrêtons aussi de venir donner des conseils aux pays pauvres, quand l’Afrique est le modèle par excellence de développement durable : voilà plusieurs dizaines de milliers d’années que les hommes y vivent en ayant su prélever que ce qui était nécessaire à leur existence, sans modifier ou presque leur environnement ; et on veut leur apprendre à générer du profit !
Arrêtons de croire que ces « pays pauvres » doivent accéder à un certain confort pour pouvoir exister. C’est une vision archi étriquée d’occidental du 20ème siècle qui oublie qu’il est minoritaire sur la planète ; qui oublie qu’il y a 2 ou 3 générations nos grands-parents vivaient aussi de cette manière. Qui oublie enfin que c’est ce modèle économique qui nous a conduits droit dans le mur.
Voilà ce que j’en pense, et si vous voulez mon avis, prenez vos vélos et vos tentes et rejoignons les forêts pour vivre bien le temps qu’il nous reste.
Merde je suis énervé. Et c’est pas seulement parce que je suis seul.

Pas de photos, je fais la gueule!

J’ai sans doute passé les heures les plus calmes de ma vie. Plus besoin de « faire la vie ». La contempler seulement et regarder les autres s’agiter.
Quand on est deux, la vie nous porte. Les événements qui la constituent arrivent quand ils doivent arriver. Et c’est bien. Seul, je n’arrive pas à me satisfaire de ça, j’ai besoin de projets fous qui lorsque le vide s’installe m’aident à garder la tête hors de l’eau, à me maintenir à la surface en visant loin devant. Mais projet = projection ; fini l’instant pur, pour lui-même. Il faut trouver l’équilibre qui à travers le rêve permet de continuer à profiter de l’instant.
Nadhia s’en va, elle a retrouvé du travail comme monitrice de plongée en Egypte. Moi, j’ai signé pour une nouvelle année aux Comores, avec cette fois un contrat qui me permettra financièrement de repartir sur les routes si le cœur m’en dit. Et aussi peut-être d’aller passer quelques vacances agréables au bord de la Mer Rouge. Quoiqu’il en soit j’ai l’impression de repartir au combat, d’avoir à affronter bientôt de nouveau la violence des émotions, que j’ai tellement recherchées et dont j’ai pourtant apprécié la trêve durant toute cette année.
Et puis, comment repartir ? Je ne sens plus le besoin impérieux de partir me retrouver, je crois savoir dorénavant qui je suis. Partir pour ne vivre que l’instant ? Ce me semble être la plus belle idée. Même si Sylvain Tesson m’a convaincu que l’érémitisme peut s’avérer un moyen redoutablement efficace pour ce faire. Oui mais Sylvain, combien de temps pourrons nous nous isoler encore ou foncer dans le vent pour jouir de chaque seconde ? Tu as raison : il faut « toujours osciller de l’une à l’autre extrémité du spectre des sensations. » Alors après le calme, je retourne dans la tempête de la vie. Le désert n’a pas eu ma peau, la forêt non plus, ce ne sont pas les distances et le temps qui vont y arriver.

Ce soir, le soleil n’a pas pu plonger dans la mer, de lourds nuages bleu acier l’ont avalé avant qu’il n’atteigne l’horizon. Sur la plage, un vieil homme fixe sa lampe tempête au bout d’un bâton et attache le tout au fond de sa pirogue à balancier. Son matériel de pêche est simple: un fil avec un hameçon au bout. Taillé dans un tronc de manguier ou de jacquier, le galawa ne permet même pas au pêcheur de se glisser à l’intérieur. L’homme s’élance à l’eau et s’assoit genoux serrés sur une planchette de bois posé au travers de sa mince embarcation. Dans quelques instants ils ne seront plus qu’un point lumineux au fond, là-bas, que l’on confondra avec les étoiles les plus basses, celles qui de la voute céleste glissent doucement vers la mer invisible. S’il est chanceux, il reviendra avec un ou plusieurs beaux thons que les femmes lui achèteront à peine débarqué sur la plage.
Nadhia, elle, se fait tresser gratuitement par une jeune fille qu’elle a rencontrée il y a quelques minutes seulement. La prochaine fois, ce sera elle qui jouera la coiffeuse pour une autre personne qui le lui demandera. Ça se passe comme ça aux Comores. (Sauf que Nadhia ne sait pas tresser…) Je fais un foot sur la plage avec les gamins. Mais je ne dois plus avoir l’âge, je m’écrase lourdement sur les côtes. Fin du match pour moi.
Comme il se met à pleuvoir, ce soir nous dormirons dans un joli bungalow posé devant la petite crique de Sanbadjou. Les lézards viennent nous chiper quelques miettes jusque sur la table. Poisson au menu, comme tous les jours à Mohéli.
Le matin, la marée est basse et permet de marcher loin dans la mer avec de l’eau à peine jusqu’aux genoux. Deux jeunes hommes munis d’une baguette avancent en fouillant de leurs yeux experts les anfractuosités des roches et des coraux qui affleurent. Soudain, ils se mettent à courir en tentant de rabattre vers la grève l’objet de leur chasse : la proie affolée fuit devant eux à vive allure en zigzagant sous la surface. On dirait une petite torpille commandée à distance. Elle arrive à regagner le large. C’est un poulpe qui vient, pour cette fois, d’échapper à son sort.

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